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Visioconférence avec Gao Xingjian, prix Nobel de littérature (2000)


Auteur :Réseau Asie - IMASIE
Aire géographique culturelle :Asie
Date : 18/04/2008
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Visioconférence avec 

Gao Xingjian

prix Nobel de littérature (2000)

à l'occasion de la 
tournée latino-américaine de sa pièce

 Au bord de la vie.



Lieux

Réseau Asie – IMASIE, Fondation Maison des Sciences de l’Homme, Paris, France
ESTVDIO DIGITAL, Facultad de Artes y Ciencias de la Comunicación, Pontificia Universidad Católica del Perú, Lima, Pérou
Cinemateca Boliviana, La Paz, Bolivi


Présentation de l’auteur

Gao Xingjian est né en Chine en 1940. Il a étudié le français à l’institut de Langues Étrangères de l’Université de Pékin où il a obtenu son diplôme. Il a ensuite exercé le métier de traducteur de français en Chine.

Gao Xingjian a commencé à publier des nouvelles à partir de 1979 dans les revues littéraires de son pays. À la même période, ses œuvres dramatiques étaient montées et jouées au Théâtre Populaire de Pékin, dont l’une des plus célèbres est : Arrêt de bus en 1982.

Son œuvre littéraire reflète les influences du modernisme et du théâtre de l’absurde et son Premier essai sur les techniques du roman moderne, en 1981, a été à l’origine en Chine d’une violente polémique sur le modernisme.
Lors de la campagne contre la contamination intellectuelle menée à bien par le gouvernement chinois dans les années 80, il a été victime de la censure et, à partir de 1986, a été interdit de publication.

En 1987 Gao Xingjian est parti à Paris, où il vit aujourd’hui. Il n’est pas retourné depuis en Chine et c’est en France qu’il a terminé son plus grand roman : La montagne de l’âme (1987) ainsi que Le livre d’un homme seul (2002) qui ont été traduits en espagnol ainsi que dans de nombreuses autres langues.
Il faut enfin ajouter que Gao Xingjian est un peintre reconnu qui pratique la technique traditionnelle de l’encre de chine et qui expose dans le monde entier.

En 2000, Gao Xingjian a reçu le prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son œuvre.

« Au bord de la vie » a été traduit en espagnol tout spécialement pour sa présentation à Madrid en février 2007 et pour le FITAZ (Festival International de Théâtre de la Paz - Bolivie) où cette pièce sera présentée le 20 avril au Théâtre Municipal de La Paz. Elle sera ensuite jouée à Lima. Cette tournée internationale reçoit l’appui des Ambassades de France et des Alliances Françaises d’Espagne, de Bolivie et du Pérou.


Au bord de la vie / Al Borde de la vida
 
De Gao Xinjgjian

Traduiction en espagnol / Traducción : Angéla Verdejo
Mise en scène / Dirección : Marcos Malavia
Interprète principal / Rol principal : Muriel Roland
Rôle du clown / Rol del payaso : Marcos Malavia
Décors et Lumières / Escenografía e Iluminación : Erick Priano, Valeri Foury
Images vidéo / Imágenes Video : Elizabeth Prouvost
Production / Producción : Compagnie Sourous


Synthèse des questions posées

1.- M. Gao, vous êtes à la fois traducteur du français en chinois, essayiste, écrivain, auteur de théâtre et peintre. Pourriez-vous nous expliquer votre itinéraire et comment vous articulez l’écriture avec la peinture?

Je me souviens de ma première nouvelle à propos d’un petit bonhomme qui traverse des montagnes et des mers, que j’ai écrite dans la chambre sur un cahier avec des illustrations. Je faisais du théâtre quand j’étais tout petit avec ma mère, qui était actrice. Je suis monté sur la scène à l’âge de cinq ans avec elle. C’est pourquoi l’art à toujours été dans ma vie. Une fois que je suis entré à l’université, à l’époque de Mao Tsé-toung, toute création qui n’était pas reconnue par les autorités était impossible à publier, à faire connaître au public. Mais j’avais déjà l’habitude de créer, d’abord pour m’amuser, ensuite c’est devenu une passion, et finalement une nécessité. Si je ne pouvais pas écrire, c’est parce que je réfléchissais indépendamment. Alors j’ai peint, et j’ai fait des photos. Même quand j’étais envoyé à la campagne pour travailler la terre, c’était une nécessité pour que je me sente vivant. Grâce à cela, j’ai pu passer ce moment difficile, et j’ai pu publier après la mort de Mao Tsé-toung, mais très vite cela a suscité aussi d’abord la polémique, et après la censure. Une fois arrivé en France, j’ai eu la possibilité de me lancer entièrement dans toutes ces activités. L’art, le théâtre, la littérature ne sont pas un métier pour moi, mais une nécessité. Je travaille intensément. Mon cas est aussi un défi pour les Occidentaux, car si on peint, on est reconnu comme peintre, si on écrit, on est reconnu comme écrivain. Si on enjambe toutes ces disciplines, c’est un défi. Je ne cherche pas à faire un métier reconnu par la société. Créer est avant tout une nécessité pour moi aujourd’hui.

2.- En tant qu’auteur dramatique, comment considérez-vous votre œuvre entre théâtre oriental et occidental ? Sentez-vous que vous faites plutôt partie de la tradition chinoise ou européenne ?

Je cherche un théâtre moderne, d’aujourd’hui. Il existe une longue tradition de théâtre, qui ne s’appuie pas principalement sur le dialogue. On peut qualifier le théâtre traditionnel chinois de total. Il y a la danse, le chant, le dialogue, l’acrobatie, le combat. Je ne renie pas cette tradition. Mais comment créer un théâtre moderne qui insère toutes les possibilités de jouer, qui n’est pas forcément seulement un dialogue parlé ? Je le qualifie comme théâtre omni-compétent. C’est toujours une recherche. Si je répète ce que j’ai déjà fait, je m’ennuie immédiatement. Pour moi, l’art n’est pas un métier que je fais seulement pour gagner ma vie. Il faut que cela me stimule. C’est pourquoi, pièce par pièce, spectacle par spectacle, c’est très varié. Si on fait un récapitulatif des dix-huit pièces que j’ai écrites, elles sont toutes différentes les unes des autres, mais toujours elles cherchent une autre expression moderne sur la scène d’aujourd’hui. Je demande un type de comédien omni-compétent qui doit avoir toutes les capacités, de chanteur, de danseur, de mime, etc., pour créer un théâtre contemporain .

3.- “Au bord de la vie” est le premier texte que vous ayez écrit directement en français.  Pouvez-vous nous dire comment est né ce texte?

C ‘était d’abord une commande de la part d’un ami du Ministère français de la Culture . Puisque c’était une commande de la France, et comme mes pièces étaient déjà complètement interdites en Chine, il n’y avait pas de sens à écrire en chinois, et ça m’a poussé à écrire en français. Au début, c’était très difficile. Et maintenant, si j’utilise le français, ce n’est pas seulement en tant que langue pour raconter une histoire, c’est aussi une recherche. Vraiment, c’était une aventure, et je suis arrivé à écrire une pièce qui n’a pas vraiment de rôle, c’est le monologue d’une femme qui parle « en elle ». C’est-à-dire que le comédien peut garder son identité de comédien pour présenter le personnage sans précisions sur son âge, sa profession, son parcours, sa vie privée ou son caractère. Ça veut dire que j’essaye de présenter de cette façon un archétype de femme, une femme universelle, une femme de nos jours.

4.- Comment s’est passée la rencontre avec Marcos Malavia ? comment avez-vous décidé de travailler avec lui ?

Je ne lui ai pas donné d’indications, et on n’a discuté de rien ni sur la mise en scène ni sur la pièce elle-même Mais nous avons beaucoup parlé, nous nous connaissons depuis longue date, au moins depuis dix ans. C’était à un petit festival à l’Isle-sur-Sorgue, où il m’avait invité à faire un stage pour représenter ma pièce. Puis il a poursuivi son travail et, depuis lors, on a échangé beaucoup d’idées sur le théâtre, on recherche la même orientation. J’admire son travail et c’est très facile de communiquer avec lui.
Pour cette pièce-là, j’ai déjà vu trois versions : une en France, une en espagnol à Madrid, et la troisième version, il y a un peu moins de deux semaines, à Aix, sous forme d’une lecture. Cela veut dire que le texte fournit un champ libre d’interprétation. On a beaucoup parlé de la création contemporaine. Il faut vraiment chercher d’autre créations scéniques pour la création dramatique d’aujourd’hui. D’ailleurs, vous qui n’avez pas encore vu le spectacle, je peux vous dire que la représentation mise en scène par Marcos Malavia n’est pas ce qu’on voit habituellement sur la scène du théâtre parlé. La comédienne chante le texte, chose que je n’avais pas prévue dans mon l’écriture, mais qui montre les possibilités du texte. Et Marcos, qui est un excellent comédien en plus de son rôle de metteur en scène, et aussi un excellent clown, a introduit le mime et même le tango dans la pièce, ce qui donne une couleur très latino-américaine. Je trouve que c’est tout à fait fabuleux. J’admire son travail.

5.- Vous vivez aujourd’hui en France où vous êtes arrivé en 1987. Aujourd’hui, que représente la Chine pour vous ? Pourriez-vous, à la lumière des événements politiques récents en Chine, songer à y retravailler un jour ?

Je suis toujours strictement censuré en Chine. Y compris mon nom. Mais, bien sûr, il y a des lecteurs qui connaissent mon travail, et j’ai aussi beaucoup d’amis en Chine. J’ai passé 35 ans à Pékin, et je connais beaucoup d’artistes chinois, des peintres, des musiciens, des écrivains, avec qui j’ai des liens amicaux ou avec qui je collabore pour le travail. Mais je me suis complètement coupé de relations directes avec la Chine, sauf des amis qui viennent me voir à Paris. Dans l’ensemble, la Chine, c’est du passé pour moi. Si la Chine actuelle me refuse, cela ne m’empêche pas d’avoir plein d’activités partout dans le monde. Il y a tant de sollicitations de toutes parts que je ne peux pas refuser.
Ce qui se passe en Chine, je le vois à la télévision comme tout le monde. Pour les Jeux Olympiques, on en a déjà beaucoup parlé, mais il faut savoir que je suis déjà boycotté par le pouvoir chinois, et que je n’ai qu’une simple opinion personnelle. Qui décidera des Jeux Olympiques, c’est une affaire internationale très diplomatique, très compliquée, et liée à beaucoup d’autres problèmes. Ce n’est pas une simple opinion qui pourra résoudre ce problème-là.

6.- Pour quels motifs avez-vous été censuré en Chine ?

Cela, il faut le demander à celui qui censure, car c’est tout à fait absurde. Moi, je ne fais pas de politique.

7.- Pensez-vous que le Prix Nobel a récompensé la tradition littéraire chinoise, ou qu’il a été décerné à un écrivain chinois occidentalisé ?

Je pense que cette interprétation est peut-être un peu superficielle. Le vrai problème est beaucoup plus compliqué. Il ne s’agit pas de savoir si le prix est donné à un Chinois ou à un Français. Le Prix Nobel, si je comprends bien, est donné avant tout à un auteur, tout simplement, qu’importe sa nationalité et sa langue. C’est la valeur de son œuvre qui est reconnue. Cette œuvre doit être communicable et atteindre un public mondial. Toute grande littérature dépasse les frontières, les langues, le temps. C’est traduisible, mais toute création artistique a un langage universel. On a besoin de cette littérature, et je pense que ce prix-là valorise bien cette valeur que j’ai.

8.- Connaissez-vous d’autres auteurs ayant reçu récemment un Prix Nobel, tels que Coetzee et Naipaul ? Venant tous trois d’autres continents et d’autres cultures, comment vous positionnez-vous vis-à-vis de l’Europe ?

Depuis mon enfance la culture occidentale n’est pas étrangère pour moi. Ma mère a eu une éducation missionnaire américaine, et mon père a un esprit très ouvert. Chez moi, j’avais toutes facilités pour accéder au théâtre et aux romans occidentaux. J’ai lu très tôt les auteurs occidentaux et les personnages d’auteurs comme Shakespeare, Molière, Flaubert, Balzac et Stendhal me parlent très bien, et leurs histoires me sont totalement accessibles.
À l’époque de Mao Tsé-toung en Chine, on peut dire que tout était faux, parce que la politique avait tout envahi. Tout était politisé, pollué par la politique. Comme je voulais connaître la vie, je me tournais vers la littérature, qui montre les vrais sentiments humains.
Donc, je reviens à la question de savoir s’il est important de souligner dans quelle langue on écrit ou dans quel pays. Surtout maintenant que la communication est si facile, et que la planète devient de plus en plus petite, ce qui se passe hors de son pays n’est plus tellement loin. Par exemple, j’ai un ami cinéaste qui voudrait faire une interprétation cinématographique d’une de mes nouvelles. Il est mexicain mais il trouve cette petite nouvelle que j’ai écrit en Chine tout à fait adaptable pour lui. Ca veut dire que la littérature et l’art s’adressent à nous dans un langage profondément universel et à la fois très humain.

9.- Comment se manifeste « l’absurde » dans votre théâtre ?

Le théâtre de l’absurde à commencé dans les années 1950 avec la pièce de Beckett En attendant Godot, qui a montré l’absurdité et les difficultés de l’existence humaine. Mais quand on remonte l’histoire de la littérature moderne, il y a un autre pionnier, c’est Kafka. Il a montré tous les phénomènes absurdes de la vie quotidienne. C’est un réveil d’une conscience, d’un regard pour voir la société où nous sommes. Partout on trouve des difficultés qu’on ne peut pas résoudre par la raison, mais la vie c’est comme ça. Je trouve les pièces de Becket très philosophiques. De plus, mon expérience avec l’absurde est très particulière, car je l’ai vécu. Quelquefois, ce n’est pas seulement une réflexion de la vie, c’est ma vie, c’est ma réalité qui est absurde. Maintenant, beaucoup de gens peuvent partager cette opinion-là.

10.- Comment comprendre le rôle du théâtre aujourd’hui ?

Le rôle du théâtre peut être le sujet d’un grand débat. Je ne peux que m’exprimer pour défendre mon théâtre. Ce n’est pas une opposition aux autres théâtres.
Je sais qu’il y a actuellement un style de théâtre très fort, c’est le théâtre engagé. On prend le théâtre comme un engagement politique. Mais ça peut aussi devenir un service pour un pouvoir. C’est comme en Chine à l’époque de Mao Tsé-toung, lorsque le théâtre devient tout à fait de la propagande politique, ce n’est pas de l’art. En Occident, et peut-être aussi en Amérique Latine, il y a une tendance très marquée du théâtre engagé. Mais ce n’est pas mon théâtre.
Je trouve que dans le théâtre il y a une mission, une valeur qui dépasse un simple engagement politique parce qu’il affronte les problèmes fondamentaux de l’existence humaine. C’est ce genre de théâtre que je défends. C’est pourquoi je trouve que ni la tragédie grecque, ni Shakespeare ne sont du passé.

11.- Pensez-vous que votre œuvre puisse avoir la même signification pour le public latino-américain que pour le public européen ?

Oui, ça me fascine. Il y a une vive réaction de la part des lecteurs latino-américains. Moi, j’ai une passion pour les auteurs latino-américains, et je connaît assez bien leur travail. Il y a beaucoup de traductions en chinois. Ce n’est pas tellement loin, surtout le réalisme magique. C’est une autre manière de présenter l’absurde, mais qui me parle très bien. Marcos Malavia est bolivien. Il a très bien compris mon théâtre, et il n’y a pas de difficultés de communication avec lui. Ca veut dire qu’on n’est pas si loin les uns des autres.

12.- Finalement, quel est le sujet de votre œuvre ? votre message ?

Le grand sujet c’est les hommes, la nature humaine, pour moi comme pour l’art. On lance successivement des modes, des idées, des concepts. L’art conceptuel est très en vogue en ce moment. Mais, avec le temps, cela passe très vite. Avec le temps, ce qui reste, c’est l’homme. Ce qui est vraiment humain, la nature humaine ne change pas comme les modes, on ne peut pas la corriger, ni la changer. C’est le thème éternel qui m’a toujours attiré, et que je n’arrive toujours pas à épuiser. D’ailleurs, il y a tant de choses que nous n’avons jamais réussi à exprimer, et nous devons faire des efforts pour les atteindre, pour les exprimer.






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