A-03 & A-05 Enjeux et dynamiques de la pollution en Asie : Chine, Inde, Japon...
Résumé de l’atelier
La Chine et l’Inde émergent aujourd’hui sur la scène mondiale à la fois comme des superpuissances économiques et comme de vastes « poubelles » écologiques, à la fois génératrices et réceptrices de pollutions industrielles menaçant l’écosystème-monde déjà fragilisé par l’attitude de prédateur des vieilles puissances. Ces deux pays réalisent leur « rattrapage » sur les pays « développées » selon un processus économique et social comparable à celui qu’a connu le Japon et l’Asie de l’Est avant eux (et, plus tôt encore, l’Europe continentale et l’Amérique du Nord vis-à-vis de l’Angleterre). Mais ces rattrapages revêtent plusieurs caractéristiques inédites. D’abord, la Chine et l’Inde émergeant dans une économie déjà mondialisée, ces deux États auront d’autant plus de difficultés à encadrer la force structurante du développement industriel. Ensuite, et en relation avec cela, les économies chinoise et indienne sont beaucoup moins homogènes et socialement « intégratrices » que ne l’étaient celles des États asiatiques qui les ont précédé dans cette voie : les structures économiques de leurs sociétés sont plus fragmentées, posant d’importantes questions politiques et en particulier de transition politique. En ce sens, la Chine et l’Inde seraient peut-être, toutes proportions gardées, plus proches de l’Europe occidentale du dix-neuvième siècle dont les sociétés étaient très loin d’intégrer les populations ouvrières des campagnes et pour lesquelles il a fallu plus de soixante-dix ans et des luttes très dures pour que la sociale démocratie finisse par émerger. Force est de constater que l’arrimage de ces populations, subitement plongées dans une économie-monde qui les reléguait jusqu’alors à sa périphérie constitue un très fort « choc exogène » pour le système mondial. Il en va de même en termes d’impact sur l’environnement global. La part la plus concrète de cet impact, la plus politique et la plus éthique, à défaut d’être la plus visible et la plus médiatisée, est peut-être celle de la pollution industrielle. Ses conséquences sont souvent directes sur les travailleurs ou sur les populations limitrophes en contact direct avec les matières toxiques (poussières, solvants…) dégagées par des industries plus ou moins contrôlés par l’Etat. Les informations qui parviennent de Chine et d’Inde sur les conflits (public/privé ; local/central ; travailleurs/résidents…) de pollution industrielle ont un air de déjà vu pour le Japon, la Corée du sud et Taiwan, dessinant une menace d’autant plus effrayante que ces nouveaux « pollueurs » sont proches.
Faut-il rappeler que la Chine et l’Inde sont les deux seuls pays de la planète qui dépassent, chacun, le milliard d’habitants, regroupant ainsi, à eux deux, un cinquième de la population mondiale ? A défaut de pouvoir « prédire » l’évolution de telles entités démographiques et de ses paramètres inédits, on doit pour le moins tenir compte des éventuelles conséquences géopolitiques (par exemple, pour les enjeux considérables concernant « l’accès » aux ressources en énergie, eau et matières premières). Les effets d’échelle dépassent ici la simple proportionnalité, faisant craindre des passages de seuil irréversibles pour l’humanité tout entière, a fortiori pour les voisins immédiats du bloc Inde/Chine. Par exemple, la pollution atmosphérique (dioxyde de soufre, dioxyde de carbone) dégagée par la Chine affecte déjà la Corée et le Japon. En novembre 2005, après avoir traversé la ville de Harbin via le fleuve Songhua, des déchets de benzène et de nitrobenzène via le fleuve Songhua ont poursuivi leur route jusqu’en Russie extrême-orientale via le fleuve Amour. Cette menace géographiquement proche est d’autant plus perçue avec anxiété que la mémoire des catastrophes industrielles passées reste vive, et parfois non résolue (comme dans le cas de la maladie de Minamata). En outre, loin de pouvoir se cantonner à une position de victime des puissantes émergentes, les premiers entrés sur la liste des « grands pollueurs industriels » en Asie (Japon, Corée, Taiwan), ne sont pas exempts de responsabilités actuelles, si l’on considère les chemins tortueux d’exportation de la pollution des premiers vers les seconds. Dans ce contexte, quels enseignements peuvent être tirés des politiques de contrôle et de régulation mises en place dans ces trois pays asiatiques, souvent à l’issue de confrontations (parfois musclées) avec des mobilisations citoyennes ?
MOTS CLÉS : pollution industrielle - pollution de l'air et de l'eau - conflits politiques et sociaux - gestion des ressources économiques - santé publique
COORDINATION : PAUL JOBIN
· Jean-François HUCHET
Centre d'Etudes Français sur la Chine Contemporaine/CEFC, de Hong Kong
· Joël RUET
Centre National de la Recherche Scientifique
· Jean-Paul MARECHAL
Université Rennes 2
v « L’environnement comme enjeu éthique et politique en Chine et en Inde»
Aujourd’hui, en Chine, près de 40% des rivières et des lacs sont sévèrement pollués, et 90% des rivières en milieu urbain sont impropres au contact humain. La quasi totalité des grands lacs du pays sont gravement pollués par des métaux lourds (cadmium, plomb, mercure) déversés par des milliers d’entreprises industrielles qui utilisent l’eau de ces lacs. En 2001, dans un classement effectué par la Banque Mondiale, 16 villes chinoises figuraient parmi les 20 villes les plus polluées de la planète. La Chine est le plus gros émetteur de SO2 de la planète et le deuxième en matière de CO2 derrière les Etats-Unis. En 2005, l’objectif fixé par le gouvernement en 2000 en matière d’émissions de SO2 a été dépassé de 42%. Pratiquement tous les secteurs industriels sont frappés par le même symptôme de morcellement des structures productives et de surcapacité (on compte aujourd'hui 8 000 cimenteries sur le territoire chinois, plus que dans le monde entier ; 120 producteurs automobiles…). Rentrées fiscales dans les coffres des autorités locales, système de patronage et de clientélisme pour les autorités locales, création d'emplois, cadres locaux recherchant coûte que coûte des taux de croissance économique à deux chiffres pour leur promotion politique, beaucoup d'acteurs, au niveau local, ont trouvé un intérêt à favoriser le développement de ces entreprises. Dans un contexte politique général qui continue à étouffer l'émergence d'une société civile, les autorités centrales ont le plus grand mal à faire appliquer de manière drastique les lois sur le contrôle de la pollution auprès des entreprises gérées par les autorités locales. Celles-ci en effet rechignent à faire appliquer ces lois car entre intérêt et nécessité, les bureaucrates locaux ne font pas beaucoup de zèle pour fermer les usines ou faire payer les pollueurs.
En matière d’institutions et d’usages démocratiques, l’Inde dispose sur la Chine d’une longueur d’avance qui pourraient faire espérer une résorption plus favorable de la pollution industrielle. A l’image du Forum social organisé à Mumbay en 2004, ou la mobilisation citoyenne qui a suivi la catastrophe de Bhopal en 1984, nombre d’ONG cultivent des liens étroits et efficaces avec leurs homologues du « Nord » ; elles savent donner de la voix sur les grands enjeux sociétaux et environnementaux. En outre, les grands groupes privés indiens montrent de plus en plus l’exemple en termes de responsabilité sociale d’entreprise. Ces dernières ont le souci de dégager une légitimité dans les nouvelles formes participatives que prennent la démocratie indienne. Mais la question demeure de savoir si les quelques cas exemplaires vont pouvoir se généraliser à l’ensemble de la grande et petite industrie, y compris au secteur inorganisé, toujours si important en Inde mais dont la faible productivité le détourne de ces efforts nécessaires. Ces initiatives seront-elles suffisantes pour résorber la pollution de l’air qui devient préoccupante dans les 316 villes de plus de 100 000 habitants que compte l’Inde (moteur deux temps), encore plus que dans les métropoles, alors même que le marché automobile indien ne représente que 40% du marché chinois ? Les municipalités n’arrivent pas à traiter les ordures, qui percolent et souillent les nappes, même si la pollution de l’eau provient surtout de l’agriculture (75% contre 25% d’origine industrielle). La pollution domestique ou celle liée à la production électrique sont hors de contrôle. Il en va de même pour le commerce des déchets : plus de 150 compagnies s’y livrent, dont 7 seulement détiennent une licence. Par an, c’est 73 000 tonnes de zinc et de cuivre toxiques venant de 49 pays qui arrivent en Inde. Ce commerce n’a fait que croître depuis...
· Benjamin GUINOT
CNRS en poste à Pékin
v Comment associer les émissions atmosphériques, présentes et futures, des mégalopoles chinoises (« vitrines du futur ») à leurs conséquences sur la santé?
Pour tisser un lien organique entre la pollution environnementale et ses impacts, les efforts de collaboration entre sciences de l’Homme et sciences de la Terre sont confrontés à d’importants obstacles épistémologiques et organisationnels. Dans cette dynamique cependant, des propositions émergent peu à peu qui devraient permettre de croiser les différentes expertises et analyses. Benjamin Guinot, physico-chimiste chimiste de l’atmosphère au Laboratoire d’Aérologie de Toulouse (CNRS), spécialiste de la pollution de l’air à Pékin où il travaille actuellement, présente ici les outils communs aux différents domaines, tels que les inventaires évolutifs d’émissions de polluants (atlas dynamique), les mesures sur site et l’analyse des polluants (physique, chimique, biologique), avec recours aux Systèmes d’Information Géographiques (SIG) et à la modélisation climatique multi échelles (global, régional, local), multi espèces (gaz et particules) qui permettent une visualisation et un affinement spatio-temporel (étude de scénarios futurs) des impacts de la pollution. Quelques illustrations pour l’Europe seront présentées. L’application de cette méthodologie « en synergie » menée dans un premier temps par un groupe restreint d’atmosphériciens, de sociologues, de biogéographes, de professionnels de la santé et d’économistes, vise à court terme des mégalopoles en Chine, où les défis environnementaux et socio-économiques sont vastes, complexes et en rapide évolution. Ce sera plus spécifiquement le cas des régions de Canton- Shantou et de Beijing-Tianjin, dans lesquelles le CNRS a établi depuis plusieurs années déjà de solides relations avec différents instituts chinois autant dans les sciences de la Terre qu’en SHS. En contraignant les évolutions possibles du contenu des modules présentés en première partie (émissions, transformations chimiques des polluants, transport, en plus des interactions socio-économiques), cette méthodologie interdisciplinaire permet aussi de projeter à 5, 10 ans, et au-delà, la situation environnementale et sanitaire de ces pôles urbains qui devraient contenir d’ici 2020 près de 60% de la population chinoise, fournissant ainsi une vision intégrée utile aux décideurs, aux chercheurs ainsi qu’au grand public.
· Hélène CACHIER
Laboratoire des Sciences du Climat et l'Environnement (CNRS)
v La pollution atmosphérique des villes chinoises à l’heure du Développement Durable : état des lieux et perspectives
Mégapole de 15 millions d'habitants au cœur d'une province (Hebei) qui elle-même en compte plus de 55 millions, Pékin subit une pression démographique intense tout en s'efforçant de contenir, voire de diminuer, sa pollution atmosphérique. Depuis 1998, toute une série de mesures spectaculaires et parfois brutales ont été prises en ce sens et avec succès. Cependant même en matière de pollution, les progrès semblent désormais stagner du fait de l'augmentation du trafic et de l'activité industrielle dans la région qui l'entoure. Par ailleurs, les efforts nécessaires pour contenir une croissance soutenue des émissions de CO2
ne semblent pas à l’ordre du jour.
La connaissance des sources de polluants gazeux et particulaires, de leur évolution chimique et de leur transport dans l'atmosphère de Pékin a beaucoup progressé ces dernières années pour faire apparaître de nouveaux axes de R&D pour la compréhension du transport des polluants à l'échelle de la ville et de sa proche région ainsi que l'évaluation de l'impact de ces polluants sur la santé publique. Le développement de solutions durables pour réduire la consommation d'énergie, en particulier relatives au transport et à l'habitat (pour lesquelles l'ADEME est bien implantée) semble émerger après l’euphorie de la croissance des 15 dernières années.
· Jean-Marie MARTIN-AMOUROUX
CNRS, Université de Grenoble
v Les conséquences environnementales de l’irruption de l’Asie au premier plan de la scène énergétique mondiale
Les activités de production et de consommation de sources exosomatiques d’énergie ne sont pas à l’origine de tous les impacts environnementaux, mais celles qui convertissent les sources fossiles en chaleur sont les principales responsables des pollutions atmosphériques locales, voire transfrontalières, via leurs émissions de SO2, NOx, particules ou mercure, et des risques de changement climatique, via celles de CO2 et de NH4. Les pays aujourd’hui industrialisés, qui ont mis plus d’un siècle à prendre conscience des deux dangers, commencent à s’inquiéter des conséquences environnementales des développements énergétiques asiatiques. Ils n’ont pas tord car tout laisse à penser que la croissance des émissions va dépasser les scénarios les plus pessimistes. Outre l’explosion des parcs automobiles, elles émanent d’une croissance, à des rythmes sans précédent dans l’histoire industrielle, de parcs de production d’électricité, alimentés presque exclusivement au charbon. Avec l’installation annuelle d’une centaine de GW, la Chine occupe la pole position, suivie par l’Inde et son Ultra Mega Power Project, l’Indonésie qui passe au « tout charbon » pour pouvoir exporter plus de gaz naturel, le Vietnam qui porte le thermique charbon de 30 à 40% d’un parc de production qui devrait être multiplié par huit d’ici 2025… Ces pays sont évidemment très différents, mais ils ont quelques caractéristiques énergétiques communes qui permettent de comprendre les évolutions actuelles. Industrialisation et modernisation des modes de vie (notamment dans les campagnes encore condamnées à l’usage de sources d’énergie traditionnelles très polluantes et en voie de raréfaction) imposent une croissance rapide de disponibilités en combustibles et électricité. De toutes les filières disponibles pour produire massivement cette dernière, les plus rapides et moins coûteuses à mettre en œuvre sont les thermoélectriques. Pour les alimenter, la plupart des pays asiatiques, dépourvus de grandes ressources d’hydrocarbures, ne peuvent recourir qu’au charbon. De longue date, ils ont construits des industries, devenues puissantes, qui exploitent des combustibles aux caractéristiques physiques et chimiques diverses, à l’aide de méthodes variées (plutôt souterraines en Chine, plutôt à ciel ouvert en Inde et en Indonésie). Toutes projettent à l’horizon 2020, 2030 et parfois 2050, de fortes croissances de leur production, moyennant des adaptations organisationnelles très différentes d’un pays à l’autre. Les conséquences environnementales de ces perspectives n’échappent évidemment pas aux responsables économiques et politiques chinois, indiens ou indonésiens. Dans les hypothèses les plus favorables, elles ont suscité quelques inflexions de politique énergétique en faveur d’incitations à l’efficacité des conversions et de modestes développements des énergies renouvelables.
· Bernard THOMANN
Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO)
v L’Etat et la société civile dans le processus de mise en place d’une politique de santé publique à l‘égard du travail industriel
L’historiographie japonaise a longtemps insisté sur le rôle de l’Etat, et en particulier d’hommes d’Etat tels que Gotô Shimpei, dans la prise de conscience et le développement d’une politique de santé publique, cette politique ayant eu avant tout pour mobile la préservation de la condition physique des ouvriers, soldats potentiels, et des ouvrières, mères des futurs soldats. Invoquant la faiblesse du mouvement ouvrier et de la classe bourgeoise dans le Japon d’avant-guerre, peu d’études se sont intéressées à ce que certains éléments de la société civile, et en particulier les associations, ont pu apporter à la promotion d’une politique de santé au travail, même à partir de la démocratie Taishô, point de départ pourtant de l’expression d’une certaine pluralité des intérêts au sein de société japonaise. Pourtant, il est essentiel de s’interroger sur les conditions politiques, mais aussi sociales qui ont permis à l’Etat de développer une politique de prévention et d’indemnisation.
Dans la ligne d'un travail de recherche que nous menons sur la formation de la politique sociale et du travail jusqu’en 1945, il s’agira de se pencher sur le rôle des associations dans la promotion des mesures d’hygiène et de prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles, mais aussi dans la mise en place des assurances-santé, de l’entrée en vigueur de la Loi sur les usines (kôjô hô), en 1916, jusqu à la défaite de 1945. Il s'agira aussi de comprendre comment les campagnes menées par ces associations ont pu contribuer à poser les bases d'une conception coopérationniste des relations du travail qui allait devenir une des bases du contrat social de l’après guerre. Seront en particulier étudiées, l’action d’associations comme la Société pour le bien être industriel (Sangyo fukuri kyokai) et la nature des liens qu’elles ont pu entretenir avec, bien sûr, le gouvernement qui inspira généralement leur création, mais aussi les syndicats ouvriers, les organisations patronales, et des organisations étrangères ou internationales.
· Paul JOBIN
Université Paris 7-Diderot
v La pollution industrielle en Asie, source de conflits ; pour une co-cartographie dynamique comme outil de résolution ?
Désormais puissances économiques majeures, la Chine et l’Inde sont de plus en plus le théâtre de conflits autour des enjeux de pollution industrielle menaçant l’ensemble de la planète. Mais une approche surplongeante (et insuffisamment interactionniste) de ces conflits tend souvent à stigmatiser le développement industriel chinois et indien sans remettre en cause la part de responsabilité des investisseurs étrangers. Or ces derniers, par des choix de délocalisation des activités les plus polluantes de leur activité industrielle, se font plus souvent pollueurs cachés que promoteurs de projets soucieux de l’environnement. Lorsque les entreprises polluantes sont à capitaux chinois ou indien et que les effets polluants ne dépassent pas les frontières nationales, le problème semble circonscrit à un enjeu sociopolitique interne résultant de corruption de potentats locaux et provoquant des jacqueries industrielles analogues à celles qu’a connues le Japon entre la fin du dix-neuvième siècle et les années 1970, de Ashio à Minamata, ou la Corée du sud et Taiwan dans les années 1970-1980. Ainsi les émeutes de ces villageois de la région de Shanghai, victimes de cancers dus à des rejets d’usines chimiques ; ou bien encore, dans le Hubei, ce « village du cancer » d’origine industrielle dont les habitants tombent malades à cause de la pollution de différentes usines et où, les subventions accordées par l’Etat pour bâtir une usine de traitement des eaux ont été détournées. Ce type d’affaire prend une tournure encore plus inquiétante pour la bonne conduite des projets de développement industriels lorsqu’il s’avère que les entreprises polluantes sont à capitaux étrangers. Dans le cas de Gold Peak Industries qui a exposé ses ouvriers au cadmium, le conflit ne prend pas un caractère xénophobe car le siège de la multinationale, basé à Hongkong, lui donne les apparences d’une entreprise chinoise. Mais s’il s’avérait qu’une entreprise à capitaux mixtes soit cause d’une pollution grave (comme ce fut semble-t-il le cas d’une usine Kodak à Shanghai en 2000, « heureusement » sans suite pour l’entreprise), et dans le cas précis d’une entreprise japonaise, il est à craindre que ces catastrophes n’aggravent les tensions diplomatiques existantes, superposant conflits mémoriels et crimes écologiques, ancien et « néo » colonialisme. En Inde, la catastrophe chimique de Bhopal, causée par la firme américaine Union Carbide, et son refus réitéré de réparer correctement le tort causé, n’est pas sans avoir contribué au déclenchement de campagnes de boycott des produits américains (contre Coca Cola, etc). Autre exemple malheureux d’exportation de la pollution, l’échec diplomatique et financier de l’affaire du porte-avion Clémenceau aurait d’ailleurs pu être évitée si une politique de gestion des risques industriels ne se limitait pas à une vision à court terme de petites économies et tenait compte des populations locales. En raison de trajectoires contemporaines originales, des chercheurs japonais, coréens, taiwanais et hongkongais ont su développer des synergies très fortes entre syndicats, ONG et pouvoirs publics qui nous semblent à la fois utiles pour améliorer les systèmes de veille et de surveillance des maladies industrielles en Asie (mais aussi en Europe). Une cartographie dynamique et partagée pourrait ainsi œuvrer comme outil de résolution de ces conflits à la frontière des nations, entre public et privé.
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