Coordination : Jean BAFFIE
La Chine occupe une place de plus en plus visible sur la scène internationale. En Asie de l’Est et du Sud-Est, mais aussi dans le Pacifique voisin, elle paraît vouloir se positionner comme leader dans un nombre croissant de domaines. La visibilité et le rôle de la diaspora chinoise dans le monde, mais tout particulièrement en Asie et en Océanie, s’en trouvent renforcés. Mais cette diaspora connaît des changements propres. Elle se renouvelle et, dans des pays limitrophes de la Chine comme la Birmanie, le Laos, et même la Thaïlande, on peut parler d’une nouvelle descente de populations venues de Chine. Des diasporas que l’on croyait anéanties ou endormies se réveillent ou renaissent comme au Viêt-nam et au Cambodge (mais aussi au Laos et en Birmanie). Un moyen original d’appréhender ce nouveau dynamisme est l’étude – que l’on ne peut parfois qu’ébaucher – des associations et organisations chinoises, dont les fameuses triades, dans cette région Asie-Pacifique.
La 'resinisation' des chinois de Thaïlande
- Jean BAFFIE
Sociologue, Institut de Recherches sur le Sud-Est Asiatique - IRSEA, Centre National de la Recherche Scientifique - CNRS, Université de Provence (Marseille)
La Thaïlande est aujourd’hui, avec la Birmanie, le principal allié de la Chine en Asie du Sud-Est. En Thaïlande se rendent en grand nombre les touristes chinois et l’on sait que sur les quelque 430.000 Chinois qui visitèrent la Thaïlande pour la seule année 1998, une proportion considérable ne rentra pas et se fondit dans la population locale. Une autre forme de migration chinoise se produit dans le nord de la Thaïlande, comme dans le nord du Laos ou de la Birmanie. Les triades et autres sociétés criminelles chinoises règnent en maître dans ce nouveau secteur du trafic d’êtres humains de Chine vers la Thaïlande, souvent première étape vers l’Occident.
Derrière l’idéologie de l’existence d’une société sino-thaïe, l’élite thaïlandaise poursuit un processus de resinisation inimaginable commencé au milieu de la décennie 1980. Cet engouement pour retrouver ses racines s’est même intensifié depuis l’arrivée au pouvoir de M. Thaksin Shinawatra, en janvier 2001. Même l’apprentissage du chinois se popularise assez pour concurrencer les autres langues étrangères apprises traditionnellement. Les mouvements anti-chinois du passé sont oubliés et Bangkok pourrait prétendre au titre de nouvelle capitale de la diaspora chinoise après l’intégration de Hong Kong à la Chine et la relative perte de prestige de Singapour. Occupant traditionnellement la première place dans l’économie thaïlandaise, les Chinois de Thaïlande ont profité de la démocratisation politique (1969, 1975, …) pour pénétrer (et largement contrôler) ce deuxième secteur. Dans cette troisième étape, c’est le secteur culturel (au sens large) qui est concerné.
L’évolution de la présence chinoise au Laos
- Bernard GAY
Historien, Institut de Recherches sur le Sud-Est Asiatique - IRSEA, Centre National de la Recherche Scientifique - CNRS, Université de Provence (Marseille)
L’installation significative et permanente de migrants chinois au Laos - pays continental, montagneux, longtemps isolé, rural, pauvre - est récente (dernier tiers du XIXe siècle). Elle relève de diverses filières géodialectales teochiu, hakka, hainanaise, cantonaise, et yunnanaise. Bien que le poids numérique de l’ensemble de ces communautés soit toujours resté faible, restreint à quelques dizaines de milliers de personnes, leur importance économique est considérable. Leur implantation s’affirme dans les villes comme moyens et petits commerçants, artisans puis industriels. Cette présence n’ayant pas fait l’objet de politique de ségrégation, de xénophobie ambiante, de rejet, les Chinois dans leur ensemble ont choisi et réussi leur assimilation dans la société lao.
Ce tableau général est trompeur dans la mesure ou il cache trois évolutions majeures dans l’échelle, la localisation et la nature de cette greffe chinoise. Ce sont ces changements opérés sous la colonisation française (1889-1949) ; lors de la période de l’indépendance sous le gouvernement royal (1950-1975) ; et depuis l’avènement de la République démocratique populaire lao, que cet article va s’efforcer de mettre en lumière.
Evolution de la situation des Hoa de Cholon - Viêt Nam 1975-2005 : Éléments d’une étude menée auprès de 25 familles du 5e district de Hô Chi Minh Ville
- Michel DOLINSKI
Université de Provence, Aix en Provence, Etudes de l’Extrême Orient
Lorsque le 30 avril 1975, les troupes nord-vietnamiennes investissent Saigon, les Hoa de Cholon, le « quartier chinois » de la ville, les Chinois sont présents dans la région depuis sa colonisation par les Nguyên au XVIIe siècle. Par leur nombre et la puissance qu’ils représentent, ils sont devenus des acteurs politiques, économiques et culturels incontournables de la capitale du Sud. Dans les années qui suivent la « libération », les choix politiques du nouveau pouvoir et l’assombrissement des relations avec la Chine provoquent l’exode massif d’une partie de cette population vers d’autres cieux. Ceux qui restent vont subir la réorientation de la société et adapter leur quotidien aux nouvelles règles édictées par les vainqueurs. Qu’est il arrivé à ceux qui sont restés ? Nous savons qu’une partie de cette communauté s’est repliée sur elle même, tandis qu’une autre a utilisé les opportunités qui s’offraient à elles pour gagner de l’argent. Après le début du Doi Moi, l’« ère nouvelle », les Hoa de Cholon sont devenus des intermédiaires précieux pour les compagnies taiwanaises. Aujourd’hui, les magazines économiques décrivent souvent ce groupe comme étant extrêmement dynamique et riche. Notre présentation, basée sur des documents ainsi que sur des entretiens collectés lors de cinq différentes enquêtes de terrain réalisées entre 1995 et 2005, tente de montrer qu’au quotidien la situation n’est pas tout aussi brillante et qu’une part importante de cette population doit, en fait, travailler dur pour survivre.
Déclin ou décollage économique de la communauté chinoise de Polynésie française?
- Barbara DROUOT-BAILLE
Anthropologue, Institut de Recherches sur le Sud-Est Asiatique (IRSEA)
La puissance économique chinoise de Polynésie Française originellement structurée autour d'activités relativement classiques comme le maraîchage et le petit commerce tend depuis une vingtaine d’années à se réorienter avec deux caractéristiques majeures : l’abandon progressif du secteur agricole d’une part et le glissement du petit commerce vers une concentration dans la grande distribution ou le secteur du luxe (perle), d’autre part. Ce changement d’échelle rend la visibilité économique des Chinois moins directement repérable dans l’espace urbain par exemple (disparition progressive des marqueurs ethniques les plus visibles : caractères chinois des magasins, personnel non chinois, polynésien notamment, au service de patrons de grands groupes chinois) ; elle peut donc donner le sentiment à certains que la puissance économique du groupe est en déclin. En réalité cette dernière est en pleine recomposition. Elle est
consécutive à l'élévation du niveau d'éducation des Chinois de Tahiti notamment et à leur ascension sociale au sein de la société polynésienne contemporaine.
Simultanément et de manière convergente, cette réorganisation économique rencontre les intérêts particuliers des gouvernements français et chinois vis à vis de la région Asie-Pacifique. Le premier, soucieux d’établir des relais et de (re)prendre ses marques dans une zone fort convoitée du point de vue géo-stratégique, annonce l’ouverture prochaine d’un consulat de Chine Populaire à Tahiti. Il y eut bien un consulat dans les années 1950, mais il fût fermé en 1965, en raison des événements politiques intérieurs chinois. Les motivations du gouvernement chinois quant à lui, sont doubles. Il s’agit d’une part pour lui de s’imposer dans le Pacifique face aux prétentions du gouvernement taiwanais dans la région. D’autre part, il a entamé depuis plusieurs années une redéfinition de ses liens avec sa diaspora dans le cadre de son développement économique. Il adopte donc depuis peu une politique de séduction tous azimut vis à vis des petits et grands états insulaires du Pacifique (Fidji, Australie, Nouvelle-Zélande, Papouasie-Nouvelle Guinée) au travers de l’établissement de liens économiques (une délégation du Comité National du Tourisme de Chine Populaire est actuellement en tournée de reconnaissance dans ces états), culturels ou diplomatiques, mais aussi sous formes d’aides de subventions diverses et d’investissements de poids (hôteliers par exemple).
On le voit donc, le supposé déclin économique de la communauté chinoise de Tahiti est à nuancer. Quand bien même d’ailleurs les activités économiques du groupe seraient effectivement en recul, on doit s’attendre à ce qu’elles se revivifient, voire à ce qu’elles prennent un essor nouveau, grâce aux enjeux dont fait globalement l’objet la région Asie-Pacifique.
La nouvelle poussée chinoise en Birmanie : Immigration traditionnelle ou stratégie de conquête ?
- Guy LUBEIGT
Paris Géographie, Pôle de Recherche pour l'Organisation et la Diffusion de l'Information Géographique – PRODIG (Unité mixte de recherche associant le Centre national de la recherche scientifique - CNRS, les Universités Paris I, Paris IV, Paris VII et Ecole Pratique des Hautes Etudes – EPHE)
Le phénomène des migrations de populations de Chine vers la Birmanie n’est pas nouveau. Depuis des milliers d’années les habitants et diverses tribus de la Chine participent à un mouvement continu d’expansion vers le Sud. Ils sont descendus lentement des hautes vallées des grands fleuves vers leurs plaines alluviales et deltaïques. Après la création de la République Populaire Chinoise (1949), les restes de l’armée nationaliste de Chang Kaï Chek se sont installées dans les différents Etats Shan de Birmanie. Depuis leurs refuges, ils n’ont jamais cessé d’entretenir de multiples relations avec la Chine. Avec l’avènement de la nouvelle junte (1988) ces relations se sont développées et la descente des populations chinoises et assimilées, favorisée par les conditions politiques a repris. La migration revêt désormais une ampleur considérable, jusque-là inconnue en Asie du Sud-Est. Au début des années quatre-vingt, les familles Shan d’origine chinoise, enrichies par les divers trafics existant entre la Chine et la Birmanie, furent les premières à descendre du plateau Shan pour acheter des terrains au cœur de la ville de Mandalay. Dans les années quatre-vingt-dix, elles ont été suivies par les Yunnanais qui se sont installés massivement en ville. A un point tel que des condominiums et des quartiers de chinois aisés, ont été établis avec l’autorisation des autorités birmanes. La présence chinoise, marquée par des panneaux publicitaires et des enseignes lumineuses en caractères chinois, illustre la renaissance de l’influence de la communauté chinoise en Birmanie. Par suite les paysages urbains de Mandalay, capitale de la dynastie birmane (1760-1885), et de Rangoun, la capitale actuelle, sont en voie de restructuration profonde.
Avertissement :
© Réseau Asie 2003 - Protection des documents
Les utilisateurs du site : http://www.reseau-asie.com s'engagent à respecter les règles de propriété intellectuelle des divers contenus proposés sur le site (loi n°92.597 du 1er juillet 1992, JO du 3 juillet). En particulier, tous les textes, cartes ou images du 1er Congrès, sont soumis aux lois du droit d’auteur. Leur utilisation requiert la mention des sources complètes et celle du nom et prénom de l'auteur.
- Responsabilité des auteurs
Les idées et opinions exprimées dans les documents engagent la seule responsabilité de leurs auteurs.
|