Thématique : Histoire, processus et enjeux identitaires. Ateliers 20 à 26 et communication: 'Les Bhats du bidonville Kathputli à Delhi, entre exclusion et mondialisation')
A-20 Diasporas asiatiques dans le Pacifique, histoire des représentations et enjeux contemporains

Auteur : Yannick FER
Aire géographique culturelle : Asie

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Résumé du double atelier

Coolies chinois, immigrés de l’ancienne Indochine en Nouvelle-Calédonie ou Indiens aux îles Fidji : l’histoire des relations entre l’Asie et les îles du Pacifique a d’abord été façonnée par la géographie des empires coloniaux et leurs besoins de main d’œuvre. Figure idéale de l’étranger, l’Asiatique a participé malgré lui à la cristallisation des identités ethnico-culturelles à la base de revendications d’indépendance nationale. La littérature consacrée à l’Océanie lui a souvent attribué ce rôle de personnage secondaire, symbole d’évolutions qui le dépassent : économie marchande, globalisation des échanges, pluralisation des sociétés océaniennes. Installées depuis plusieurs générations dans les îles du Pacifique, les communautés asiatiques ont développé des réseaux associatifs, locaux et transnationaux, des activités et des œuvres culturelles propres. Elles ont implanté de nouvelles religions – bouddhisme, hindouisme – ou ont adhéré au christianisme, sous la forme d’églises asiatiques ou en intégrant des églises multiculturelles. Aujourd’hui, en Nouvelle-Zélande et en Australie, Asiatiques et Océaniens partagent une même expérience de l’immigration dans des sociétés pluralistes qui doivent élaborer un cadre politique adapté à cette réalité. Les enjeux économiques des relations entre l’Asie et le Pacifique sont considérables, au point qu’une part de l’avenir des économies océaniennes paraît devoir se jouer en Asie. Tandis que les professionnels du tourisme prospectent les marchés japonais, chinois et indiens, les entreprises asiatiques s’intéressent aux ressources naturelles des îles du Pacifique : pêche, forêts, mines, etc. Enfin, le rôle des territoires français dans les relations diplomatiques avec l’Asie, la lutte d’influence entre Taiwan et la Chine pour s’assurer le soutien des petits États insulaires à l’ONU et les tensions à Fidji ou aux îles Salomon rappellent que les enjeux sont aussi géopolitiques. Il nous paraît donc nécessaire de réfléchir, dans une perspective interdisciplinaire (anthropologie, sociologie, économie, géographie, histoire, sciences politiques, histoire de l’art, littérature,…) aux différentes dimensions des relations passées ou actuelles, concrètes ou symboliques, entre l’Asie et les sociétés du Pacifique. Cet atelier comprendra deux sessions de deux heures chacune, l’une consacrée à l’histoire des représentations des communautés asiatiques du Pacifique, l’autre aux enjeux contemporains de la présence asiatique dans cette région.

MOTS CLÉS : Travailleurs étrangers asiatiques – Chinois de Polynésie française - l'Asie orientale et les îles du Pacifique Sud - Asiatiques à l'étranger - Acculturation du Pacifique (région) - Colonies françaises - Anthropologie et représentations sociales dans le Pacifique Sud - émigration et immigration.

Coordination : Yannick FER


Diasporas asiatiques dans le Pacifique : Histoire des représentations

Présidence : Sylvie ANDRE


* Sylvie ANDRE

  Université de la Polynésie française

Ombres chinoises dans la littérature sur le Pacifique (1880-2006)

On se propose d’étudier les représentations de la communauté chinoise dans les œuvres narratives en français et en anglais sur le Pacifique, depuis le roman emblématique de Pierre Loti jusqu’à l’auto représentation contemporaine par un auteur français, polynésien d’origine chinoise comme Jimmy Ly.

La présence des Chinois « industrieux » est attestée dans les récits dès la fin du XIXe siècle à San Francisco, Hawaï et Tahiti essentiellement.

On mettra en évidence l’évolution des représentations mais aussi des éléments remarquablement stables. D’une part en effet, les récits portent la trace de la réussite économique de la diaspora chinoise dans les îles du Pacifique depuis les premières occurrences de la fin du XIXe siècle (Loti, Stevenson) jusqu’aux représentations des années 1920-30 par exemple (Somerset Maugham ou Georges Simenon) ou 1950-60 (Romain Gary ou Norman Hall). D’autre part, ils dépeignent une communauté ostracisée à la fois par les Européens et les autochtones, aussi bien chez Pierre Loti que chez une écrivaine polynésienne contemporaine telle que Chantal Spitz, même si celle-ci dénonce le racisme sous-jacent Souvent décrite en arrière-plan du récit principal, la communauté chinoise est présentée d’une manière « générique », rarement individualisée : le Chinois ou le « chintok » se profile avec discrétion mais aussi constance derrière ceux qui tiennent symboliquement le devant de la scène, ceux dont la vie fait sens : les Européens et les autochtones.

A partir d’un statut de « sous-colonisé », comme l’on peut parler de sous-prolétariat, puis de « sous-citoyen », les membres de la communauté chinoise tentent de se donner une certaine visibilité et une légitimité dans la société insulaire contemporaine en projetant d’eux-mêmes une représentation identitaire complexe et subtile (œuvres de Jimmy Ly par exemple).

* Dominique JOUVE

  Université de la Nouvelle-Calédonie

Des représentations en conflit et une réflexion tragi-comique sur le malentendu culturel : les immigrants javanais et vietnamiens dans quelques exemples de la littérature de Nouvelle-Calédonie.

Il s’agira d’étudier dans quelques œuvres littéraires calédoniennes comment les représentations stéréotypées des immigrants vietnamiens et javanais, arrivés au XIXe siècle comme travailleurs sous contrat, sont activées et déconstruites par les auteurs issus de cette immigration : en effet, retrouver sa culture et dire son histoire par devoir de mémoire engage l’écrivain dans des injonctions qui peuvent sembler contradictoires quant à la « vérité », puisqu’il doit défendre sa communauté contre les éléments négatifs des stéréotypes pour mieux déployer un contre stéréotype positif ; en revanche, l’écrivain majeur Jean Mariotti produit une nouvelle intense, cruelle et pourtant d’un comique amer qui met en scène le malentendu culturel et la douleur de l’innocence perdue. Il place au centre de ce court texte une représentation réaliste des rapports d’exploitation économique, des rapports de domination, de l’avidité des employés de la mine, mais ce cadre est exploité à des fins symboliques mettant en jeu le désir. L’absence d’intercompréhension entre un jeune homme au service des colons et les travailleurs javanais tend à désigner la solitude radicale de l’être humain.

* Paola VOCI

  Department of Languages and Cultures, University of Otago, Dunedin, New Zealand

Les écueils du multiculturalisme sur la télévision de Nouvelle-Zélande : Essor et chute de China TV

Ce texte examine le rôle des chaînes de télévision dans la construction d’une sinité en Nouvelle-Zélande. J’utilise le terme de « sinité » en étant consciente des controverses autour de sa définition et en fait à cause de ses significations multiples, qui sont encore compliquées par ses représentations médiatiques. Du point de vue national et transnational, les changements politiques et culturels impliquant la Chine, Taiwan, la grande Chine et/ou la diaspora chinoise ont transformé et hybridé l’identité chinoise. Néanmoins, être chinois demeure un repère identitaire fort pour les immigrés d’origine chinoise. Qu’elle soit auto-proclamée ou confortée par des forces externes, l’identité chinoise est, pour les Chinois d’outre-mer et l’outre-mer chinois, une image tangible en dépit de ses multiples facettes. Mon projet de recherche s’intéresse plus largement à la manière dont la sinité est évoquée et négociée dans les médias qui sont lus, regardés et écoutés par la diaspora chinoise en Nouvelle-Zélande. Cet article se concentre spécifiquement sur une étude de cas – l’essor et la chute de Touch China TV (TCTV) – qui illustre à la fois les divisions à l’intérieur et les luttes à l’extérieur des communautés chinoises en Nouvelle-Zélande. Je montre que l’échec de TCTV était en fait déjà annoncée par l’incapacité de la chaîne à s’adresser à la communauté chinoise comme un tout. De plus, TCTV n’a pas réussi à obtenir la reconnaissance officielle d’un espace public car elle n’a pas su établir des alliances avec les Maori et les autres minorités.

* Viviane FAYAUD

  CNRS

  IRIDIP (Institut de Recherche Interdisciplinaire sur le développement Insulaire et le Pacifique)

Regards sur l'Asiatique en Océanie française : l'éloquence de l'iconographie (1800-2006)

Une poignée de Chinois sont présents dès 1856 à Tahiti. En 1864, des arrêtés pris par le gouverneur permettent de recruter des travailleurs venus du sud de la Chine. Une immigration comptant trois-cent-vingt-neuf Chinois débarque le 28 février 1865. Dessins, tableaux (de Pierre Loti et de Paul Gauguin) et photographies contemporaines ainsi que leur remaniement pour la publication instruisent sur les apports ethniques et leur réception par la population, et éclairent de façon significative l'histoire d'une possession française lointaine mais également celle des mentalités françaises. Partant de cet exemple et s’élargissant aux Annamites, Indonésiens, Vietnamiens et Japonais d’Océanie française, la communication montrera le regard porté sur l’Asiatique, l’apport de l’iconographie à l’histoire des îles et s’interrogera sur la présence de comportements particuliers induits par les îles.

* Ernest SIN CHAN

  Centre Georges Devereux (Université Paris 8)

Repenser la sinité/hakkaéité des Chinois hakkas de Polynésie française

Le contexte historique, politique, économique et social de la Chine Continentale et des pays d’accueil, l’évolution des relations entre la Chine, Taiwan et la France ont servi de toile de fond à l’expression et à la construction identitaire des Chinois de Polynésie. Jusque dans les années 50, des facteurs contextuels, notamment l’économie de la diaspora et les ressources spatiales (E. Ma Mung, 2004) et des éléments internes à la communauté chinoise ont contribué à la clôture et à la structuration de celle-ci. Ils ont participé à l’affirmation d’une sinité/hakkaéité dynamique proche de l’origine. Les processus d’assimilation et d’intégration en Polynésie à partir des années 60 auraient pu avoir des incidences sur la sinité/hakkaéité, avec l’éloignement accentué de l’origine et les relations difficiles entre les Chinois expatriés et la Chine Continentale, si l’influence taiwanaise durant 20 ans dans la région du Pacifique Sud avec le consulat chinois n’avait pas créé un espace de ressourcement identitaire. De nos jours, peut-on parler d’un processus de déperdition ou doit-on plutôt parler de sinicisation transformée, ou reformulée, intégrée dans le contexte d’accueil ?

L’interculturalité, l’assimilation et l’intégration n’ont pas effacé le label hakka et les éléments de l’origine malgré les processus de transformation des objets ou méthodes de fabrication (occidentalisation, polynésianisation, métissage ou camouflage de logiques et de représentations…), la visibilité ou la lisibilité de la marque de fabrique identitaire évoluant dans le temps et dans l’espace en fonction des lieux et des moments de l’histoire. Peut-on dire que les Hakkas (migrants, étrangers, hôtes) de Tahiti, se sont enrichis de la culture des autres sans perdre leur âme ? Ils ont essayé de repenser leur culture à partir de celle des autres (Isabelle Stengers, 1999). Leurs anciens leur ont transmis des moyens et stratégies de survie, d’expression et de construction identitaire, acquis au cours des millénaires de migrations. Ils avaient prévu les injections ou injonctions étrangères dans les terres d’accueil.

La culture ça se cultive ! Ils ont ainsi créé, développé ou enrichi les dispositifs qui permettent de reproduire et de nourrir leur noyau identitaire et leurs appartenances, substrats de leurs actes hakkas. La culture chinoise à Tahiti combien même elle se transforme, s’enrichit ou s’appauvrit d’éléments, s’adapte au contexte, se réactualise, en somme elle se cultive même parfois avec le renoncement, mais toujours avec l’origine, l’origine est la meilleure façon de penser l’avenir (Tobie Nathan 2004).

Comme certains le sous-entendent, l’ethnicité chinoise ou hakka n’est-elle qu’une ethnicité symbolique, vide de sens (Gans 1978) pour exister socialement à l’intérieur de la société polynésienne pour se différencier et se distinguer uniquement ?

Aujourd’hui des négociations retissent des liens progressivement entre la communauté chinoise de Tahiti et la Chine Continentale, notamment les missions diplomatiques, économiques et touristiques qui viennent changer les représentations locales à propos de la Chine de Pékin. Le retour constaté vers une resinisation du groupe chinois majoritairement hakka serait une contrainte pour celui-ci à se requestionner sur ses origines, ses spécificités, ses appartenances à côté des autres groupes Han de la Chine Continentale. Certes il y a un mouvement des Hakkas vers les sources, vers l’origine, mais ils recréent une identité nouvelle néo-hakka. Ils ne cherchent pas la même, ils évoluent avec une autre, ils se transforment mais toujours rattachés à l’origine.

* Renata SUMMO-O’CONNELLS

  Association AILAE

Exposition sur les Aborigènes de Kimberley en Australie

L’Académie Itinérante des Échanges Arts et Langues Européennes, or AILAE, présentera les images de la collection Kevin Shaw ainsi que d’autres artistes tels Annabel Butler, ou Skye Llewellyn Chapman. Quelques posters les accompagneront. AILAE et le projet « MATES » ont pour but de développer le dialogue et de resserrer les liens entre l’Europe et les région du Pacifique dans une dimension de réciprocité, sans orientation ni marginalisation. Une brève présentation s’attachera à la problématique théorique et à une description de la collection « Mates ». Cette collection de photographies a été réalisée par Kevin Shaw, anthropologue et artiste australien établi ces vingt dernières années dans la région de Kimberley. Il a confié sa collection à AILAE en Europe pour qu’elle y soit présentée. Dans la région de Kimberley, territoires et peuples sont menacés par des conditions de vie difficiles, une système de santé médiocre et l’avidité que suscitent les mines du pays. Plus important encore, « Mates » est un contrat social entre Kevin Shaw et la population locale qui lui a demandé d’écrire et de prendre des photos d’elle. « Mates » offre un regard extraordinaire sur la vie et l’histoire de ces populations qui ne veulent pas être connues et cantonnées à être des sujets coloniaux, des marginaux, des représentatifs de « l’Autre », ou des bénéficiaires d’un système de protection sociale.

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