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| Synthèse de la Thématique 1: Economie, Management, et Développement Durable |
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Marc HUMBERT, président des synthèses de thématiques
Il y avait 7 groupes d’ateliers avec un peu plus de 40 ateliers ; cela a été extrêmement riche, et je vais donc devoir demander à chacun de s’exprimer avec beaucoup de concision. C’est un exercice un peu difficile, mais en même temps, cela commence peut-être aussi à répondre au souci exprimé par Alain d’Iribarne – il nous disait que le fait que nous soyons très pluridisciplinaires devait nous obliger à essayer de nous exprimer sans jargonner – et donc d’approcher déjà ce dialogue avec la société civile, puisque nous sommes dans la cité et dans le monde, et qu’on a l’habitude maintenant de parler de la société civile. Nous allons passer en revue ces 7 thématiques. Je propose que l’on suive le programme, c’est-à-dire qu’on les fasse dans l’ordre où ils ont été indiqués, et je passe donc tout de suite la parole à Marc Lautier pour l’ensemble des ateliers pour la thématique « économie, management et développement durable ».
Marc LAUTIER, coordonnateur
Bien, merci. Malgré l’intitulé, on n’a pas beaucoup jargonné dans ces différents ateliers. L’économie n’était pas la discipline la plus présente et les ateliers étaient assez divers. On a eu six ateliers : un sur la présence économique européenne en Asie, un autre sur les pratiques managériales interculturelles entre l’Europe et l’Asie, une analyse comparée du potentiel de vente directe de productions agricoles au Japon et en Bretagne, un atelier sur l’alimentation et l’environnement, sur le riz principalement, un cinquième atelier sur la pollution industrielle en Asie, et un sixième sur la dimension, pas si naturelle que ça, des catastrophes naturelles et surtout les causes liées au niveau de développement et de […] raison d’être du réseau sur la réduction des distances entre les entreprises européennes et l’Asie, avec d’abord un examen plutôt macroéconomique, portant sur les investissements européens, les investissements directs d’entreprises européennes en Asie, qui a montré assez clairement le phénomène de rattrapage des européens en Asie par rapport aux américains et aux japonais, à partir de la fin des années 1990. Il y a eu ensuite une présentation plus microénonomique sur les dimensions d’hybridation interculturelle dans le management, la gestion des entreprises européennes – françaises en l’occurrence – en Chine et en Inde. Ces approches étaient complémentaires et pourraient être à l’avenir complétée par des analyses symétriques, puisqu’il y a aussi beaucoup d’entreprises asiatiques qui investissent en Europe et que des problèmes à peu près similaires doivent se poser à eux. Cela pourrait aboutir à plus long terme sur un atelier croisant ou ayant des points de vue symétriques.
Et puis, deuxième champ de recherche, deuxième axe qu’on peut faire apparaître à partir de ces ateliers, ce sont les articulations entre les productions humaines et la nature, et donc, au-delà, la société. C’est l’articulation entre activité productive et nature, avec la prise en compte à plusieurs niveaux, dans plusieurs dimensions, de ces interactions. C’est l’articulation entre production humaine et nature, ou encore chaque phénomène naturel, avec deux ateliers focalisés sur agriculture et société, comprenant notamment une analyse comparée sur le Japon et la Bretagne sur les relations directes entre productions agricoles et consommateurs urbains, avec une problématique d’articulation également entre campagne et zone urbaine, et un fort contenu en terme de lien social, de reconstitution des liens sociaux qui ont disparus, et qui a donné lieu à des échanges trilingues japonais-anglais-français.
A suivi un autre atelier sur « alimentation et environnement » et sur la question du riz. Et puis, enfin, deux ateliers sur les relations entre nature et activités économiques, avec des approches – une qui devient entre guillemets relativement fréquente mais qui ne l’était pas il y a encore très peu de temps – et une autre qui était assez innovante. D’abord, il s’est agit d’une présentation très riche montrant plusieurs aspects sur la pollution en Asie, sur les dynamiques de pollution en Asie et les perspectives de son évolution, en Chine surtout mais également en Inde, et qui montraient d’étonnants parallèles dans les rythmes de pollution au cours de la journée et les activités humaines dans les grandes villes chinoises et en Europe, avec une particularité, c’est que la pollution se calme ou s’atténue pendant la nuit dans les grandes villes européennes, ce qui n’est pas le cas à Pékin. Ces présentations étaient accompagnées d’une perspective historique sur la gestion publique des pollutions industrielles au Japon, et ont été confrontées immédiatement après dans le cadre de l’atelier, aux problèmes actuels de pollution industrielle en Inde ou au Bengladesh, où l’on retrouve la même inaction, le même […] des pouvoirs publics. Ce sont des recherches qui s’inscrivent dans des préoccupations très contemporaines, et qui vont sans aucun doute donner de futurs développements […] Enfin, dernier atelier, un atelier très original animé par de jeunes chercheurs qui s’appuyaient sur des investigations de terrain aux Philippines et en Indonésie, avec une problématique qui était : quelle explication à l’impact des catastrophes naturelles ? Effectivement, c’était le cas des inondations aux Philippines et les ressources du [merapiataba]. Ces enquêtes de terrain montraient de manière assez flagrante que le coût social, humain principalement, de ces catastrophes naturelles, est en fait totalement proportionnel à l’insécurité économique des populations, beaucoup moins qu’à l’ampleur de la catastrophe naturelle. Autrement dit, en-dessous d’un certain seuil de sécurité économique, et donc de revenus, les populations ne tiennent pas, ou très peu, ou pas assez en tout cas, compte des risques naturels et de l’environnement. Voilà, ces travaux ont été présentés par de jeunes chercheurs, c’était tout à fait intéressant.
Trois ou quatre […] générales à titre personnel : d’une part, dans le cadre de ces ateliers, on a vu que les réseaux euro-asiatiques fonctionnaient très bien, et qu’en particulier la thématique développement durable et société était particulièrement riche et […], si on peut dire, par différents angles, qui sont assez intéressants ; que les jeunes chercheurs étaient bien impliqués dans le réseau et qu’ils apportaient une fraîcheur de vue qui était tout à fait intéressante. On peut peut-être regretter par contre - je ne sais pas si c’était le cas dans les autres thématiques – que l’articulation entre jeunes chercheurs et chercheurs confirmés ne soit pas toujours très forte. Il y a d’une part les jeunes chercheurs, d’autre part, les confirmés, et peut-être qu’on pourrait mieux faire à ce niveau-là. Enfin, j’ai une suggestion, parce que cela a été fréquemment demandé au cours des ateliers : pour les synthèses finales, papier, qu’on va diffuser – quand on les aura recueillies – , il serait utile que chaque responsable d’atelier indique, dans la mesure du possible, les références des recherches qui ont été présentées, et si elles ont été publiées ou si elles vont l’être, sous forme de thèse, d’articles, quel que soit le support, pour que les lecteurs puissent aller au-delà de la dimension très synthétique des rendus qu’ils vont obtenir, qui peut être parfois assez frustrant. Cela donne l’occasion aux chercheurs de diffuser leurs résultats, au réseau de valoriser son travail, et au lecteur de pouvoir disposer de la recherche complète pour savoir qu’à l’horizon d’un an ou de deux ans, il y aura une thèse, à tel endroit sur tel sujet. Voilà, merci beaucoup.
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| Synthèse de la Thématique 2 : Mutation Urbaine et Architecture |
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Marc HUMBERT, président des synthèses de thématiques
Merci Marc, on a compris que, comme dans d’autres ateliers, il y avait là pas mal de jeunes qui sont venus, peut-être les uns à côté des autres, que pas mal de pays ont été évoqués ; c’est un peu la logique de toutes les thématiques que d’essayer de donner une place aux jeunes. Alors peut-être qu’il faudrait être plus dynamique encore, et prévenir des thèses qu’ils ont soutenues ou pas encore soutenues, et enfin, avoir des comparaisons, des interrelations sur les mêmes problématiques entre différentes contrées, depuis l’Extrême-Orient jusqu’à l’Asie de l’Extrême Ouest [qui se termine à l’Oural]. Je donne la parole maintenant à deux personnes qui vont se partager les dix minutes, Nathalie Lancret et Charles Goldblum, pour la deuxième présentation sur la thématique Mutations urbaines et architectures.
Charles GOLDBLUM, coordonnateur
Merci bien. Je vais faire juste une brève introduction avant de céder la parole à Nathalie Lancret pour rendre compte de la [fluidité] de ce groupe d’ateliers classés sous l’intitulé de Mutation Urbaine et architecture. Observons ce qui nous a été dit tout à l’heure à propos de ce que – la situation de conflit en Birmanie le confirme – les mutations urbaines au cours des trois dernières décennies et peut-être plus, ont accompagné les transformations sociales, politiques, économiques en Asie, de façon tout à fait exceptionnelle. C’est peut-être délicat d’évoquer la situation du Cambodge et de ce qu’il en a été des villes pendant la période des khmers rouges ; on peut également faire mention de ce qu’il a été convenu d’appeler la crise asiatique, et de voir comment les villes et la production urbaine ont été les prémisses de la crise, et comment les villes ont enregistré aussi ces situations de bouleversement ou de situation économique « critique » entre guillemets. Donc l’interrogation en ce qui concerne les ateliers a porté sur les changements dimensionnels qui concernent les villes et les territoires de l’Asie. Ce sont donc les formes matérielles, l’univers des formes, la transformation physique, mais aussi bien les outils à travers lesquels se pensent et se conçoivent les interventions en matière d’aménagement. La sphère des représentations est donc aussi la sphère des figurations de plan, d’organisation de l’espace. On assiste aujourd’hui à des reconfigurations spatiales qui sont à la fois dans la verticalité et dans l’extension tout à fait étonnante, dans des situations urbaines très contrastées et qui peut-être portent l’annonce de transformations qui débordent les strates asiatiques ou les mondes asiatiques, puisque cette approche à travers les villes et les territoires nous incitent à penser les mutations au-delà des délimitations courantes qui ont été établies entre Asie et autres continents, mais aussi à l’intérieur de l’Asie entre Asie du sud, Asie du nord-est, Asie du sud-est. C’est dans cette configuration que nous avons fonctionné, au-delà de ces lignes de partage un peu convenu, et au-delà des lignes de partage disciplinaire, puisque ces éclairages concernant l’évolution des villes, des territoires et des rapports ville-territoire, et des formes architecturales bien entendu, sollicitent une diversité de disciplines. Le relais peut être pris aisément à partir de là, par Nathalie.
Nathalie LANCRET, coordonnateur
J’ai résumé brièvement le contenu des différents ateliers. Il y a eu un atelier sur la ville d’Asie entre re-fondation et renouvellement ; cette présentation fait suite à une réflexion qui a été menée dans le cadre d’un précédent congrès. Le premier atelier avait été l’occasion de réinterroger l’idée d’une re-fondation urbaine ex-nihilo, en regard d’autres processus, d’autres enjeu qui rentrent dans la fabrication urbaine, ce qui a donné lieu à ce nouvel atelier. Son ambition est de questionner en parallèle les projets de re-fondation et de renouvellement, en considérant les grandes manifestations de re-fondation, de […] radicale de la ville, qui [possède] une mutation profonde, voire une rupture dans les modes de pensées, de construire et d’habiter l’espace urbain, et en considérant d’autre part des évolutions plus lentes, qui procèdent d’une adaptation, d’une actualisation, d’un renouvellement des structures existantes. Trois thèmes nous ont paru se dégager de ces interventions. Le premier est celui de l’hypothèse d’une relation itérative entre les projets de renouvellement et de re-fondation, et qui pourrait être productrice d’une nouvelle organisation de l’urbain.
Le deuxième thème est celui du rôle des terrains, qui ne sont pas seulement les récepteurs passifs ou neutres de projets, ou des lieux d’enregistrement des transformations, mais qui sont des configurations locales à l’origine de résistances, notamment de la réception des projets, et qui produisent la stratégie de renouvellement. Enfin, les différentes études de cas sur la Chine, qui a une longue tradition de fondation et de re-fondation des capitales, a amené à s’interroger sur les expressions nouvelles de ces interventions sur l’espace. Il y a eu deux ateliers sur les architectures de la ville, qui s’intéressent à la [fabrication] de l’architecture et de la ville aujourd’hui, en portant une attention particulières aux formes, à la spatialité et la matérialité à la ville. Là, la question essentielle était celle du rapport aux héritages dans les projets architecturaux urbains, et se [posait] sur une hypothèse, un constat, qui est que, dans le contexte actuel de transition politique et économique, quelque chose de particulier se jouent entre les projets qui sont marqués par l’internationalisation, et les organisations héritées très ancrées dans l’univers des pratiques et dans […].
Le premier atelier portait sur les représentations des perceptions et des identités urbaines. Un thème a été celui du rapport exogène dans la production architecturale au Vietnam, et singulièrement à Hanoi. Plus précisément, les travaux s’intéressaient à la capacité des architectures vietnamiennes à composer avec des élément extérieurs, à les approprier, à les conformer et à produire des œuvres architecturales et urbaines originales. Les deux autres interventions portaient sur les formes architecturales urbaines du tourisme. Une attention particulière était portée aux stratégies de recours au local, de retour aux localités, de relecture des héritages d’un passé plus ou moins lointain dans ces projets, d’une perception qui se fait dans le regard des autres. Le deuxième atelier sur les architectures de la ville s’intéressait aux représentations cartographiques. Il s’agit d’une réflexion sur les formes de symbolisation que sont les éléments cartographiques et sur la relation aux héritages dans ces représentations. Les différentes interventions se sont portées sur les documents cartographiques abordés comme outils et support de la planification, et sur la perception et la représentation des héritages qui se fait alors en vue de l’action, en amont et dans la perspective du projet. Une réflexion commune a été portée à la prise en compte des questions patrimoniales dans le projet, notamment à ce moment précis où le patrimoine devient un argument du projet.
Un troisième atelier s’intéressait aux villes chinoises, aux quartiers chinois, et là le questionnement porte sur le statut, le rôle des quartiers chinois, qui sont des figures fondatrices génératrices de la ville sud-est asiatique, dans la production architecturale et urbaine aujourd’hui. Nous avons retenu deux thèmes : à la fois une réflexion sur la pluralité des désignations du quartier chinois de Bangkok, qui renvoie à des pratiques, des représentations, des significations de [strates] très différenciées. A ces désignations s’est substitué le terme générique de « chinatown », dans le contexte de développement et de valorisation touristique récent. On peut y voir une tendance à la négation du [divers] dans la ville. Un deuxième thème portait sur les limitations du centre de la ville de Mandalay, suscitées par une forte présence de populations chinoises depuis la fin des années 1980, et qui conduit à des recompositions radicales des architectures et du paysage urbain, et on pourrait dire, à une re-fondation de la ville sur elle-même. Cette étude interroge le rôle générateur de la ville chinoise aujourd’hui, et notamment lorsqu’elle réinvestit un centre ancien. Un atelier s’intéressait aux conditions de réalisation de l’ambition urbaine en Inde. La question qui était posée était de savoir comment est-ce que la loi peut participer à organiser l’espace, soit en positif en suscitant ou en confortant des aménagements, soit en négatif, en les bloquant, et, là, a eu lieu une réflexion sur les conditions d’intégration des zones économiques spéciales dans le territoire indien, et sur les raisons de l’échec de ces projets, du fait notamment de leur […] du territoire indien. Cette question a été mise en perspective avec des études de cas dans les pays du Golfe, et en Chine, […] se sont interrogé sur la re-productivité du modèle, en Inde, et sur ses difficultés d’adaptation.
Enfin, le dernier atelier, intitulé Japarchi, la proposition […] qui était celui de l’écart, de l’armature conceptuelle entre les cultures japonaises et occidentales, ce qui a légitimé une entrée avec une attention particulière portée au lexique et à l’élaboration de ce que les intervenants ont appelé un vocabulaire croisé. Nous retiendrons deux interventions qui s’interrogent sur les figures génératrices de l’espace dans la culture japonaise, à travers deux concepts : le concept de nœud, qui renvoie à des figures d’un [autre entourage], et celui de relais, qui procède d’une pensée du réseau qui renvoie à la figure linéaire. La réflexion portait sur la capacité de ces concepts à organiser la ville et les territoires aujourd’hui, et elle s’intéressait aussi à leur validité pour saisir ou comprendre la complexité des [...] urbaines. Je vous remercie.
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| Synthèse de la Thématique 3 : Violences, Tensions et Conflits |
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Marc HUMBERT, président des synthèses de thématiques
Merci beaucoup à tous les deux pour avoir tenu à peu près le temps. Nous avons évoqué deux thèmes qui répondent à l’attente exprimée par Alain d’Iribarne de voir notre réseau s’occuper du monde, parce que le développement durable c’est vraiment une question mondiale, de la cité. On va continuer avec des questions qui intéressent tout un chacun, et pas seulement le monde asiatique, puisque je passe la parole à Hugues Tertrais, pour nous donner la synthèse d’un ensemble d’ateliers qui étaient regroupés sous le titre violence, tension, et conflits.
Hugues TERTRAIS, coordonnateur
Je sais pas si la synthèse sera très intelligible, parce qu’en fait la thématique ne l’était pas tellement. Complexité de la thématique, puisqu’on regroupait dans une même thématique des questions à la fois sociales intérieures allant de la criminalité sexuelle aux résistances à l’asservissement en Inde, et des questions internationales, comme la sécurité collective, les cultures stratégiques. Un atelier s’est un peu demandé ce qu’il faisait là, en particulier les gens qui travaillaient sur l’Asie centrale. Je ne vais surtout pas faire un inventaire des différents ateliers, tout le monde ne m’a pas vu d’ailleurs dans les ateliers, parce que je n’étais pas toujours là, mais j’étais représenté donc je sais ce qui s’est passé tout de même, et puis un certain nombre de responsables d’atelier m’ont transmis leur papier. Ce qui sera intéressant effectivement, c’est quand on aura la restitution des ateliers par les coordinateurs et que tout cela sera publié. Donc, comment comprendre tout cela en même temps ?
C’est assez compliqué, cela revient en quelque sorte à faire une sorte d’évaluation de la violence en Asie, dans quasiment tous les domaines, et la gestion de cette violence également. Donc si je prends par la fin, – mon ordre est différent de celui du programme – l’atelier final était assez caractéristique de l’ensemble, puisqu’il s’intitulait Formes de résistance à l’asservissement. Il se situait pour l’essentiel en Inde, il était coordonné par Daniel Bicheri. En réalité, il y a plus été question d’asservissement que de résistances ; une des conclusions de l’atelier a été qu’il n’y avait pas de résistance, ou pratiquement pas. Cet asservissement était examiné dans la durée, dans une durée moyenne. Les choses ont changé au tournant libéral de l’Inde – en principe au début des années 1990, en réalité au milieu des années 1980. Ce qui a été observé dans cette période qui nous sépare de ce tournant libéral de l’Inde, était notamment la très grande multiplicité des formes de travail, du statut du travail journalier ou autre, et la très grande circulation entre ces différentes formes.
Tout à fait autre chose, mais également une violence, était l’atelier coordonné par Philippe Bessoles sur criminalité organisée et clinique interculturelle. Il parlait en particulier de violences sexuelles, et de tout ce qui peut tourner autour, qui est particulièrement importante et grave au Cambodge. Cet inventaire de l’horreur prend pour certains des aspects culturels, prend pour d’autres des aspects juridiques, il y a des mesures de gestion, de traitement, si j’ose dire, qui sont pris, post-traumatologique par exemple. Une question était de se demander s’il s’agissait de nouvelles formes de violence – parce que l’idée était là, même si je ne la partage pas forcément –, d’une nouvelle forme de barbarisme. Mais en même temps les auteurs, les coordinateurs du panel, soulignaient l’universalité des pathologies qui pouvaient être constatées. Violence sociale aussi ou gestion de la violence avec la question du droit. La justice peut-elle s’exercer dans ces situations extrêmes ? Un atelier qui était coordonné par Thierry Renoud et Christine Chaigne portait sur justice, société et règlement des conflits en Asie. Ce ne sont pas les mêmes conflits forcément que les autres qui étaient traités dans la thématique, c’est pour cela que c’est un exercice intellectuel un peu improbable de rassembler tout cela. Mais c’était tout à fait précieux, parce que le constat qui a été fait dans cet atelier était celui d’une forte progression du droit dans les différentes situations considérées, et en particulier du droit importé, importé d’occident, importé d’Europe. Une question bis qu’on a trouvée dans d’autres ateliers, est qu’il y a des résistances culturelles à cette importation du droit, et toute la réflexion tournait autour de concepts ou de notions simples qui sont celles de procès, de règlement de conflit. On s’est promené de la Corée du Sud à la Thaïlande en passant par la Chine.
Autre forme de violence, la violence militaire, qui peut prendre un caractère mémoriel et qui relevait d’un atelier coordonné par Jean-Louis Margolin sur les prisonniers de guerre en Asie orientale au XXe siècle. Ce qui justifie qu’on parle de cette question, c’est largement l’ambiance commémorative dans laquelle nous sommes. Il y a à la fois une actualité cambodgienne avec la question d’un éventuel procès des khmers rouges, et une actualité sur le sino-japonais puisqu’on s’approche des 70 ans [des mots barrés] du massacre de Nankin, ou du sac de Nankin, ou du viol de Nankin, il y a différentes appellations. C’était en décembre 1937. Bref, un contexte historique qui autorise effectivement, plus quelques publications de livres, dont celui du coordinateur de l’atelier, qui autorisait de parler de tout cela. Ce qui a donc été souligné c’est l’exceptionnelle mortalité de cette période et de ces actions. Nous étions dans la question des prisonniers et non pas des répressions, et des choses assez différentes ont été envisagées, comme les prisonniers de guerre du Japon, les japonais n’étant pas particulièrement tendres avec leurs prisonniers, mais aussi les prisonniers de guerre français faits par le Viet Minh pendant la guerre d’Indochine, et qui comportait une partie d’endoctrinement. Beaucoup de prisonniers français se sont demandés d’ailleurs pourquoi on les retenait d’une part, et pourquoi d’autre part on voulait absolument les convaincre qu’ils avaient tort d’être là. Bien sûr, toutes les violences militaires ne se valent pas, et nous sommes dans l’ordre du temps historique mémoriel.
Avec les autres ateliers on passe à quelque chose d’assez différent puisqu’il s’agit des problèmes de rapports de force internationaux, de sécurité collective, d’intégration régionale. Valérie Niquet avait réuni un atelier sur structure stratégique et politique de défense. Je dois dire que le concept de culture stratégique qu’elle développait a été évalué selon les différents pays concernés, selon les pays dont la montée en puissance était spectaculaire, c’est-à-dire la Chine, le Japon, qui n’est pas une nouvelle puissance, la Corée. Ce n’est pas nécessairement nouveau mais c’est intéressant de placer les choses sur la culture stratégique à un moment où en effet, les relations internationales se redéfinissent de manière très claire dans cette région. Pour l’Asie centrale, qui s’intéressait aussi à la sécurité collective, et qui regroupent de nouveaux acteurs de la vie internationale, post-soviétique en quelque sorte, les coordinateurs du panel, Pierre Chabal, s’interrogeaient sur la coopération en particulier avec l’union européenne et voyait plutôt ces relations internationales, ces tensions internationales sur un mode que je dirais positif, et non pas un mode, un glissement vers la violence à tout prix. Pierre Chabal aurait bien vu cet atelier figurer parmi un autre qui aurait été les questions de nouvelles politiques coopérantes, ce qui résume assez bien l’esprit de ce panel. A titre personnel, je dois dire que l’Afghanistan n’est pas très loin de l’Asie centrale, donc tout ne va pas nécessairement dans le même sens. Comme remarque générale, je dirais tout d’abord que la participation des jeunes chercheurs était là, mais pas exceptionnelle, vu que sur vingt-cinq communications cinq seulement étaient le fait de jeunes chercheurs.
On retrouve un certain nombre de choses et de sujets, effectivement, d’un panel à l’autre. Bien sûr la question khmers rouges apparaît dans différents types de préoccupations, la question de la barbarie concerne les prisonniers ou d’autres éléments. La question est souvent posée de savoir s’il y a quelque chose de propre en Asie en ce moment, [où] ces dernières années dans cette affaire. Il faut éviter évidemment le piège du culturalisme, où ce qui serait barbare serait asiatique, ce serait en quelque sorte une logique liée aux cultures asiatiques. Pour ma part, je regrette un petit peu que l’on n’ait pas eu de proposition de panel sur les tensions, les violences, les conflits à caractère religieux, pas d’islamisme, pas de bouddhisme, rien qui ne nous aurait préparé par exemple à la situation actuelle en Birmanie, cela aurait pu être intéressant d’anticiper en quelque sorte. Donc, je crois qu’il y a quand même beaucoup à faire. Je ne sais pas s’il faudra faire un reclassement situation intérieur – situation internationale pour s’y retrouver dans ces problèmes de violence et de tension, en tout cas le champ – c’est un petit peu la situation historique de chaos dans lequel se trouve une partie de l’Asie –, le champ est vaste pour cette question.
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| Synthèse de la Thématique 4 : Histoire, Processus et Enjeux Identitaires |
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Marc HUMBERT, président des synthèses de thématiques
Merci beaucoup. Tu as fait un exercice improbable mais tu l’as réussi, et en même temps, cela illustre un peu ce qui a été dit tout à l’heure, qu’évidemment nous partons des thèmes que nous faisons. Et l’effort auquel on nous incite également est d’arriver, à partir de ce que nous faisons, de trouver un « match », d’essayer de s’amener à être utiles à la société et à exprimer quelque chose sur les points forts. On a vu tout à l’heure que nous avons dans nos ressources les moyens, pas toujours chez les jeunes chercheurs, mais chez les chercheurs confirmés, de répondre à ces attentes. Cela n’a peut-être pas été proposé, peut-être tout simplement parce qu’on voulait mettre en avant des choses nouvelles qui étaient en cours, puisque c’est un peu cela la logique des congrès à partir des académies, c’est d’essayer de montrer ce qu’on est en train de faire, néanmoins, on a dans nos tiroirs, comme cela a été démontré, une capacité à répondre aussi à l’actualité. Et les intitulés ne sont pas toujours les mêmes, on fait des regroupements, donc je crois que tes remarques sont intéressantes pour la préparation du prochain congrès.
C’est un exercice qui est un peu difficile que nous demandons à nos collègues, mais qui est absolument essentiel puisque nous sommes relativement nombreux ce matin, mais encore plus nombreux au cours des ateliers, et il n’était pas possible, puisqu’ils se déroulent en parallèle, évidemment d’avoir une idée de se qui s’est passé dans les autres ateliers. Ils font un exercice très intéressant pour nous puisqu’ils ont digéré ce qui s’est passé dans les ateliers concernant leur thématique, et ils nous apportent une nourriture déjà bien préparée. Mais nous aurons encore quelque chose de plus détaillé si nous restons sur notre faim, car nous demanderons à chacun des coordonnateurs d’atelier d’envoyer une petite note, les coordonnateurs de groupe vont les regarder et les transmettre à Bernard Thomann, qui va rédiger de façon à avoir une écriture unique, la synthèse de ce qui s’est passé dans les ateliers, et qui sera publié, comme pour les congrès précédents. Nous reprenons maintenant et je donne tout de suite la parole à celui qui va nous présenter « Histoire, processus et enjeux identitaires », monsieur Guy Lubeigt, que nous avons déjà écouté tout à l’heure.
Guy LUBEIGT, coordonnateur
Je vais vous lire simplement le texte que nous avons préparé avec Jean Baffie. C’est à sa demande que je suis ici aujourd’hui parce qu’il est parti ce matin de très bonne heure pour rejoindre la maison de l’IRSEA à Aix-en-Provence, dont il est le directeur. Donc je ne fais que le remplacer. Deux remarques initiales méritent d’être formulées. Premièrement, les ateliers concernant l’histoire ont eu dramatiquement moins de succès que les ateliers davantage orientés sur les phénomènes contemporains de l’identité. Dans certains cas extrêmes, les chaises faisaient défaut. Dans d’autres en revanche, les intervenants étaient en nombre supérieur au nombre des auditeurs. Deuxième remarque, l’aire géographique [couverte] par cette thématique est particulièrement vaste puisqu’il fut question fréquemment de l’Océanie mais aussi, dans une communication, de l’Ethiopie. Loin d’être de la dispersion, ce fut plutôt un enrichissement. On peut dire que le Réseau Asie se dirige vers peut-être un réseau Asie-Pacifique. La thématique elle-même comprenait sept ateliers, les deux premiers ateliers constituent toutefois plutôt un double atelier sur les diasporas asiatiques dans le Pacifique.
Les onze communications concernées représentent en réalité une conférence en elles-mêmes dans ce 3ème congrès. La masse des connaissances présentées sur les chinois de Polynésie particulièrement de Tahiti, les javanais, les vietnamiens de Nouvelle Calédonie et de Vanuatu, incite à encourager la publication d’un ouvrage qui ne manquera pas d’inclure des dimensions géopolitiques, notamment la réalité entre la Chine et Taiwan dans le Pacifique. L’atelier « Autour du nom » s’adressait aux identités individuelles avec la question des noms personnels et des noms de famille dans les mondes turcs et indiens mais également à celle des ethnonymes avec la communication sur les […] du Turkestan chinois. Il faut encourager la tenue d’un autre atelier dans le 4ème congrès tant le thème est riche et reste encore peu travaillé dans le reste de l’Asie. L’atelier sur le Turkestan russe est d’une grande cohérence puisque l’ère couverte est unifiée. Les éclairages proposés, d’apparence parfois modeste, permettent au contraire une profondeur pas toujours évidente dans ce type de rencontre, qu’il s’agisse des chevaux de cette région, du chemin de fer trans-caspien, de la présentation du Turkestan dans les expositions coloniales, de la situation des […], ces lieux publics qui échappaient à l’état soviétique, ou du discours sur la vie de Samarkand. L’atelier sur l’empire portugais après son âge d’or aux XVIIe et XVIIIe siècles eu moins d’intervenants qu’annoncé et bien peu d’audience. Toutefois, les deux communications présentées furent d’un grand intérêt pour l’historien comme pour le sociologue. La fuite des portugais de [Macassar] vers […], le Siam plus particulièrement, est un phénomène bien peu connu, même des chercheurs informés. Une publication en français serait la bienvenue. Et c’est également le cas des [Bourtoucane], qui sont des portugais d’Ethiopie qui sont venu d’Inde, même si là nous prenons quelques distances avec l’Asie. L’atelier sur les politiques culturelles et processus identitaires en Asie a connu la plus grande popularité de cette thématique.
Les matériaux présentés étaient riches et divers : Taiwan, où l’enjeux identitaire est considérable et connaît une dimension politique de taille face aux menaces chinoises, et les politiques culturelles du gouvernement militaire birman, notamment en ce qui concerne […], apportent une approche globale, tandis que les communications sur la promotion de la musique du Kerala indien, le retour des courses de pirogue en haute mer chez les Polynésiens et l’architecture chez les nouvelles religions japonaises offrent des éclairages plus réduits mais tout aussi passionnants. Il nous reste un dernier atelier qui, lui, concernait la mobilité et les frontières du sud de la Birmanie et de la Thaïlande péninsulaire. Il apparaît que la péninsule malaise a joué dans l’antiquité un rôle essentiel dans le développement des échanges des techniques entre les sociétés de l’océan indien et de […] Chine méridionale. Au sud de la Birmanie, l’archipel de […], domaine traditionnel des nomades marins, est en voie d’urbanisation. En Thaïlande, trois groupes de nomades, les [Moken, les Moklen, et les Uraklawoi] sont plus ou moins sédentarisés sur le littoral de l’océan indien et exploitent non sans risque ce qui reste de leur environnement. Après le tsunami, leur sort a attiré l’attention des ONGs qui ont alimenté une campagne de presse en leur faveur, et cela a eu un aboutissement, puisque ces nomades marins qui ne bénéficiaient jusqu’à maintenant d’aucun statut juridique ont obtenu depuis 2007 la nationalité Thaï, ce qu’ils n’avaient pas avant ; mais il reste bien d’autres nomades et même des tribus montagnardes qui n’ont pas du tout obtenu encore de nationalité. Les grands propriétaires dans toute cette zone – on pense bien sûr à la région de Phuket –, les grands propriétaires ont accaparés les littoraux, et le futur de ces populations reste quand même très problématique. Dans le but de prévenir, et de limiter la circulation de maladies transmissibles dans des espaces […] les travailleurs sociaux étudient l’interaction entre les nomades et les sédentaires qui vivent dans ces zones. En conclusion, il faut sans doute recommander de veiller davantage à l’adéquation du contenu des ateliers avec l’intitulé des thématiques, même si les résumés diffusés peuvent répondre aux ambiguïtés possibles.
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| Synthèse de la Thématique 5 : Education, santé |
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Anne GUILLOU, coordinateur
Alors il m’arrive quelque chose d’un peu étrange, c’est qu’en venant ici j’ai perdu mon cartable dans le métro. Ce qui est étrange, c’est qu’il m’est arrivé exactement la même chose il y a quelques jours à la conférence de l’EUROSEAS à Naples ! Il va donc falloir que je pose les bonnes questions. Mais comme les trois ateliers auxquels j’ai assisté étaient tout à fait passionnants, je vais essayer d’en parler le mieux possible. Alors, la thématique était : éducation-santé, c’est vrai qu’entre éducation et santé, a priori tout poussait à regrouper ces thèmes. Education, médecine, qui dit médecine dit constitution d’un savoir, d’un corpus de connaissances, qui dit corpus de connaissance dit transmission de ce savoir d’où apprentissage et éducation. Mais je fais le constat que mes collègues, en fait les ateliers, bien qu’ils aient été en eux-mêmes remarquablement homogènes, étaient très hétérogènes entre eux. Donc il y avait peu de points communs entre ces ateliers.
En tout cas, à première vue, parce que finalement, ces trois ateliers, dont l’un traitait de la médecine, l’autre des systèmes éducatifs […], et le troisième des effets psychologiques des transitions sociales structurelles en Asie du sud-est, et bien ces trois ateliers, finalement, parlaient tous des effets massifs de la mondialisation sur les champs étudiés. La mondialisation est peut-être un sujet tarte à la crème, mais c’est vrai que dans ces ateliers on a vraiment vu, à partir de cas, d’exemples précis, comment les choses se modifiaient en profondeur sur place. Le premier atelier, qui traitait de la trans-nationalisation de la médecine, et qui était coordonné par Laurent Pordié, nous a montré, à partir d’exemples pris en Inde et en Chine, comment ces modifications intervenaient tant sur le plan de la structuration interne des médecins qu’on n’ose plus appeler traditionnels aujourd’hui, néo-traditionnels disons, tant sur le plan par exemple du contenu même du savoir – je pense à la communication sur les essais thérapeutiques en médecine traditionnelle chinoise. C’est donc presque une rupture épistémologique là, dans la médecine chinoise, qui se plie à un certain nombre d’expérimentations aujourd’hui.
Troisième exemple, le cas de la médecine sida, médecine du Tamil Nadu, qui est aussi en train de modifier sa pharmacopée, à cause des obligations que lui fait le marché international. Ces effets de modification des médecines traditionnelles, entre guillemets, on les a vu concrètement. Deuxième chose, à propos des systèmes éducatifs d’Asie, on a vu aussi massivement l’effet de l’ouverture des marchés, l’ouverture de l’offre éducative, l’ouverture du marché éducatif, avec des répercussions tant internes qu’externes. Internes, parce que, on a vu par exemple que – là encore c’était des ateliers qui traitaient essentiellement de l’aire culturelle sinisée – depuis l’entrée de la Chine dans l’OMC on constate des disparités massives, de plus en plus énormes, de l’accès à l’éducation, avec les provinces de l’ouest qui sont de plus en plus délaissées. Il y a des répercussion aussi sur les enfants eux-mêmes, avec une pression psychologique de plus en plus forte sur eux. On a cet exemple très étonnant des enfants sud-coréens, qui de plus en plus jeunes, partent, émigrent, pour faire leurs études, dès l’école primaire, ailleurs, dans des systèmes éducatifs plus valorisés, aux Etats-Unis, en Australie, etc. Et puis, il y a tous les questionnements internes à chaque société, que posent ces enjeux éducatifs. Il y avait deux communications très intéressantes à ce sujet sur les questions que cela pose en terme d’identité nationale. Devons-nous garder un système éducatif national, et qu’est-ce que le national, qu’est-ce que l’identité nationale ? On a vu par exemple, à propos de ces communications sur la […] de cette fois, sur le monde malais, où on s’interroge sur : quelle part…L’enseignement musulman, disons, est-il soluble dans un enseignement national qui ne soit pas religieux ? Quelle place l’enseignement musulman doit-il prendre dans les systèmes éducatifs malais, ou en Indonésie ? Deuxième communication qui m’a beaucoup intéressé, aussi, deuxième exemple de ces réflexions nationales, de ces réflexions en terme d’identité nationale que pose cette mondialisation des systèmes éducatifs, c’était cet essai, très original, à Taiwan, pour moraliser un peu l’enseignement, quelque chose qu’on appelle le « light éducation », qui passe aussi beaucoup par Internet, avec la constitution d’un site qui veut insuffler un sens moral dans l’éducation de Taiwan.
Un troisième domaine dans lequel on a vu également l’influence, les effets de cette mondialisation, est celui de l’atelier qui était plutôt constitué de psychologues, et qui traitait cette fois de l’Asie du sud-est péninsulaire, avec des exemples pris au Laos, au Cambodge et au Vietnam, où il était question des effets individuels, des effets psychologiques de cette mondialisation. Quelque part, cet atelier renvoyait aux réflexions du premier, sur les changements dans la médecine, parce que la question finalement qui se posait au fond, était : existe-t-il des instruments psychologiques universels, une [analyse] universelle, qu’on peut appliquer aux pays d’Asie du sud-est ? – Ce n’est pas une interrogation nouvelle mais elle se repose particulièrement aujourd’hui –, ou bien doit-on rester partisan d’une tradition plus française de la psychologie, qui place le sujet au cœur de la pratique, qu’elle soit clinique ou de recherche, et qui en fait autorise l’individu, pense que l’individu est lui-même porteur du sens de sa propre pratique, de ses propres souffrances ? Alors, on avait des communications intéressantes, qui montraient que, par exemple, l’influence anglo-saxonne s’exprime massivement en Asie du sud-est, dans ce domaine, avec par exemple, cette omniprésence de la notion de stress dans la psychologie vietnamienne aujourd’hui. On a vu aussi, dans une autre communication, qui traitait du Cambodge, comment les ONG, les ONG confessionnelles, avançaient à pas cachés, notamment les ONG protestantes, avec un but de conversion qui ne se disait pas. Et puis, on a vu proposer dans cet atelier, à côté donc de cette constatation de cette influence massive, de ces concepts de la psychologie anglo-saxonne, et bien des propositions de pratique alternative, l’une concernant l’accompagnement des femmes victimes des traites à des fins d’exploitation sexuelle au Laos, et une autre communication à propos de l’accompagnement des malades du sida au Vietnam.
Je voudrais finir sur une petite note un peu plus personnelle. J’ai travaillé moi sur le Cambodge, et c’est vrai qu’il y a des enjeux politiques autour de cette question de la psychologie. Si l’on prend le tribunal international khmers rouges aujourd’hui – il ne s’agit pas ici de se prononcer sur le pour ou le contre, il a des forces et des faiblesses – toujours est-il qu’il s’appuie en partie sur une certaine conception de la psychologie. Il trouve sa légitimation en partie dans certains outils psychologiques ; c’est-à-dire que le discours qui nous est tenu, c’est : les cambodgiens ont été victimes, les cambodgiens sont traumatisés, les cambodgiens souffrent massivement d’un syndrome post-traumatique, qui s’exprime selon des catégories qui seraient universelles ; pour les soigner il n’y a qu’une seule alternative, qu’une seule solution, qu’une seule option, c’est ce que nous propose la psychologie occidentale, c’est parler. Il y a une injonction pour les cambodgiens aujourd’hui à parler, à parler un langage individuel, et la deuxième source de soins, ce serait un tribunal international qui condamnerait les principaux responsables. Donc quelque part, la façon dont on conçoit la psychologie, les outils psychologiques, a une influence politique concrète, et finalement cet atelier nous a permis de voir qu’il y avait peut-être d’autres conceptions de la psychologie, et de la recherche en psychologie, qui tiendrait compte du terrain et de la diversité culturelle, et de la diversité d’expression de la souffrance qui n’est pas toujours individuelle et exprimée en terme de la psychologie occidentale.
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| Synthèse de la Thématique 6 : Espaces, rituels, sociétés |
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Yves GOUDINEAU, coordonnateur
Cette thématique était lourde, avec 8 ateliers, dont un double répartis sur les deux jours, ainsi qu’un diaporama consacré aux populations Bhats d’un bidonville à Delhi .
Je soulignerai deux caractéristiques de cette thématique. La première, par rapport à ce que vous disiez, est sa grande pluridisciplinarité, puisque se sont retrouvés des archéologues, des anthropologues, des [ethno-bicologues], des [ethno-coréologues], des historiens, historiens de l’art, historiens des religions, ainsi que des spécifiques de sciences politiques.
Deuxième caractéristique, peut-être, c’est la pratique de comparatisme qui est une des règles de ce Congrès, mais qui s’est traduite cette fois, je dirais, sur une variation d’échelle temporelle assez importante, puisqu’on est allés de la préhistoire jusqu’au post-socialisme. Une variation d’échelle temporelle […] elle a répondu à une ample traversée, je dirais, de l’espace asiatique, de l’Inde au Japon, et de l’Asie centrale, à la Papouasie, Nouvelle-Guinée.
La généralité, l’énormité, dirais-je, de chacun des trois termes présents dans le titre de la thématique : espace, rituel, société – ne laissait guère d’espoir d’arriver à trouver une unité problématique d’ensemble, fut-elle de façade. Pourtant avec le recul, je constate que certains traits ressortent et notamment, ce qui n’est pas inintéressant, un déplacement ou un repositionnement actuel de notions et de questions entre les disciplines. Le plus frappant est, en fait, que chacun des termes de la thématique a été traité comme à contre-courant disciplinaire.
Il était question d’espace, mais hors de toute contribution géographique, donc les archéologues, les ethno-coréologues, les anthropologues, se sont réappropriés la notion pour réfléchir à l’espace d’une société, l’espace liturgique, l’espace du geste dansé. Les ethnologues ont parlé de rituel, mais tout autant l’ont fait aussi les historiens, les archéologues et des politologues, pour décrire des pratiques funéraires comme pour analyser les fabriques identitaires en cours, à travers le continent.
Quant au terme société, là encore, aucun sociologue dans ces ateliers, mais un traitement différencié, je dirais, du social par d’autres disciplines, depuis une analyse anthropologique des fondements culturels du lien social, jusqu’à la considération de la forme musicale sous l’angle du sociétal.
L’autre trait qui me semble ressortir assez nettement, - ce sont des différences d’ateliers, qui ne concernent pas seulement l’Asie, mais qu’on peut noter quand même -, c’est, je dirais, un relativisme méthodologique qui me semble refléter un petit peu la tendance actuelle à réagir aux interprétations globalisantes ou bien à la prise en compte de phénomènes massifs. Là, au contraire, on a un recours à l’ethnographie, à la micro-histoire, avec une exigence de re-contextualisation à chaque fois, en voulant historiciser certaines constantes, certains constituants, qui s’inscrivent dans la longue durée en Asie, ou bien resituer dans le social ce qui semblait lui échapper comme l’esthétique.
Donc, en ce sens, je dirais que les ateliers de cette thématique, non seulement m’ont semblé refléter assez bien les recherches actuelles sur l’Asie, mais reflètent également, je dirais, certaines questions nouvelles à propos des chercheurs sur ce continent.
Voilà, je laisse la parole à Gérard Toffin qui va rendre compte de la première journée, donc des trois premiers ateliers.
Gérard TOFFIN, coordonnateur
Merci. Dans les ateliers que j’ai pu suivre, il n’a pas été tellement question d’espace, sauf dans l’atelier concernant l’immigration, mais il a été davantage question de société, à travers les […], le système des genres, et beaucoup de politique.
Les ateliers que j’ai pu suivre ont aussi respecté la règle de base, un embrasement de plusieurs aires culturelles, de plusieurs pays asiatiques, et je crois que c’est quelque chose de très intéressant, sur des points seulement géographique ; croisement également aussi de sociétés très exposées à la modernité ou complètement dans la modernité, et de sociétés de l’est indonésien, très traditionnelles, et le passage progressif de l’un à l’autre. Et l’on a même vu aussi des croisements entre des sociétés nomades, qui font partie des […] culturelles […] auxquelles j’ai pu assister concernaient l’Asie septentrionale, et des sociétés sédentaires.
Je rebondis un peu sur autre chose, qu’Yves vient de dire. Je lui ferai un petit reproche : c’est qu’à certain, je suis un peu resté sur ma faim, dans la mesure où il y a souvent des approches très micro-régionales, qui ne prenaient peut-être pas assez en compte les questions de globalisation, le rôle des diasporas. Pourtant il n’était pas question de l’Inde. J’ai trouvé que dans certains cas, la prise en compte de la globalisation, des échanges internationaux, aurait pu être plus importante.
Alors j’en reviens brièvement aux deux ateliers que j’ai tout particulièrement suivis et qui m’ont intéressé plus particulièrement. Le premier concernait « femmes et pouvoir en Asie », qui regroupait une communication venant, focalisait sur quatre pays : Japon, Mongolie, Ouzbékistan et nord-ouest de la Sibérie. J’en retiens un point dominant, c’était l’importance du politique dans ces questions, anthropologie du genre, surtout dans les pays de la sphère ex-soviétique et soumis pendant longtemps à l’influence communiste. Le bilan, c’est tout à fait net, vu la conclusion très nette à ce point de vue-là, c’est la persistance de la hiérarchie entre les sexes malgré le discours égalitaire communiste, et la persistance de ces formes d’inégalité entre les différentes sphères privée/publique. Les exposés ont traité la participation des femmes à la vie politique, etcetera. Donc, il y a un maintien quand même de hiérarchies très fortes.
Un autre point intéressant concernait le rôle des conversions de femmes à des […] mouvements religieux et les conséquences que cela pouvait avoir, […] par exemple, dans la mesure où [c’était] reproduction des hiérarchies, ce qui semblait être le cas, ou contestation de l’autorité masculine.
Enfin, ce qui ressortait aussi, concernait les sociétés nomades. Il en a été pas mal question dans cet atelier, où le genre de vie et les nécessités économiques font qu’il y a une complémentarité entre les sexes qui est à la base de la société, qui apparaît fondamentale et qu’il faut avoir toujours présente à l’esprit quand on réfléchit à ces questions, comme évidemment le passage de cette division sexuelle du travail, lorsqu’on quitte la vie nomade ou lorsque les nomades se sédentarisent par exemple.
L’autre atelier dont je voudrais dire un mot concerne l’atelier intitulé « les pouvoirs du sensible, le geste dansé ». Il est tenté de penser ensemble danse et musique à travers plusieurs pays : l’Inde, l’Indonésie, le Japon et Israël, des sociétés très différentes. J’ai trouvé que d’un point de vue méthodologique, c’était un exposé particulièrement intéressant dans la mesure où il touche aussi à des questions d’actualité, dans le domaine de l’anthropologie, où il s’agit de réfléchir au lien entre ces phénomènes esthétiques, l’émotion, ce domaine du sensible et le lien social. C’est évident qu’il y a là des relations très fortes qui touchent à ces expressions du domaine sensible, et le pouvoir, l’identité. On a eu un exposé très intéressant de personnes qui revenaient de l’est indonésien où la musique joue un rôle fondamental dans les liens entre les différents clans, hostilité, pacification des relations ; et il y a là quelque chose – même si les conclusions sont assez difficile à saisir, il n’y a pas eu de conclusion véritable –, mais là il y avait quand même une démarche […] particulièrement intéressante. Une conclusion quand même que l’on peut tirer de cet atelier, ce sont les liens extrêmement forts justement entre ces danses, ces phénomènes musicaux, et l’identité, et la formation des identités collectives ; c’est ce qui ressortait très clairement de tous les exposés.
Voilà, je vais m’arrêter là, et je repasse la parole à Yves Goudineau pour la deuxième journée.
Yves GOUDINEAU, coordonnateur
Dans la deuxième journée il y avait cinq ateliers. Je dois confesser que pour les deux derniers j’ai dû me dédoubler pour pouvoir […] j’ai dû assister partiellement aux deux derniers.
Ces cinq ateliers comportaient deux axes principaux. Un axe portait sur les questions identitaires, qui ont déjà été abordées dans une autre thématique, mais qui était prise là sous un autre angle. Il s’intitulait « questions identitaires en Asie centrale ». L’un et l’autre atelier qui portaient sur l’Asie centrale posaient cette question d’identité, mais la posaient à quelques millénaires de distance, puisque l’atelier 33, coordonné par Corinne Debaine-Francfort, portait sur les transformations des milieux des peuplements en Asie centrale, au deuxième et premier millénaire avant Jésus-Christ. Il s’agissait de rendre compte des résultats de plusieurs chantiers récents, au Kazakhstan, au Kirghizstan, […] en Ouzbékistan ; et également, une longue recherche dans le Xinjiang en Chine, dans la vallée de la [Kaliga]. La question qui était posée était celle du rôle plus ou moins déterminant des facteurs environnementaux dans les différenciations de ces différentes sociétés d’Asie centrale, séparées par des […] montagneuses, certaines étant des sociétés nomades, de [steppe] et de montagne, d’autres, des sociétés sédentarisées dans des oasis agricoles et […] . Et donc la question était à la fois de voir jusqu’à quel point les facteurs environnementaux étaient déterminants, et par ailleurs également la question d’éventuels échanges culturels entre ces différentes sociétés. La réponse donnée par l’atelier est qu’on ne peut plus penser aujourd’hui à des échanges culturels massifs, en bloc, mais plutôt à des infiltrations, des influences. Donc ce sont à la fois des sociétés dont on repère quand même des emprunts, - des emprunts je dirais un peu diffus -, et où par ailleurs les particularismes continuent à s’affirmer […] . Or, ce qui est intéressant, c’est qu’on retrouve un peu ce genre de choses dans la période post-soviétique, plusieurs millénaires après. La même question se pose dans des termes tout à fait différents, mais on retrouve quand même la question de la fragmentation des identités culturelles. C’était donc l’objet de l’atelier 36 coordonné par Boris Pétric et qui s’intitule « la recomposition des espaces sociaux en Asie centrale ».
Je dirais là, que, à la fois l’hypothèse et, peut-être, le lien entre toutes les interventions de cet atelier, étaient le constat de la posture, je dirais, […], des acteurs locaux dans ces différentes sociétés, qui à la fois [démultiplient] les référents identitaires, […], claniques, ethniques, religieux, nationalistes, politiques, et les mobilisent selon leurs intérêts, leurs intérêts du moment, leurs intérêts économiques, voire leurs intérêts politiques.
Donc, en donnant plusieurs exemples, au Kirghizstan notamment, le milieu intellectuel essaie de réinventer avec un soutien tacite de l’Etat, une religion autochtone, le tantrisme. Bon, cela ne prend pas vraiment, le peuple ne suit pas vraiment, et donc y a un petit milieu qui essaie de constituer une nouvelle religion nationale, celle du peuple. Un autre exemple était celui de l’éco-tourisme, également au Kirghizstan, où l’éco-tourisme […] impliqué un certain nombre d’ONG et qui font émerger de nouveaux acteurs du développement dans les sociétés locales avec, là aussi, certains acteurs qui se dédoublent ; à la fois ils essaient de profiter de l’aubaine économique de ce tourisme, sont de nouveaux promoteurs du tourisme, un peu des entrepreneurs, et en même temps devant des touristes, continuent à jouer le rôle du berger / de la bergère, c’est-à-dire, essaient d’entretenir un certain nombre de [poncifs] culturels, culturalistes, pour les touristes.
D’autres exemples ont donc été étudiés de la même manière. L’exemple de la minorité tatare au Kazakhstan, celui de la minorité coréenne également au Kazakhstan, montrent que selon les régions, ces minorités avaient une posture différente par rapport à l’Etat ; ils montrent également le rôle important des diasporas aussi bien tatares que coréennes au Kazakhstan, sachant que la minorité coréenne du Kazakhstan est [travaillée], à la fois par la Corée du Nord et la Corée du Sud, qui essaient de l’utiliser, de l’instrumentaliser pour peser régionalement.
Le deuxième axe est assez différent, portant sur l’espace et le temps du rituel, et illustré par la considération, l’usage rituel d’instruments de musique, mais aussi de danse, d’éléments théâtraux. C’est un double atelier, qui était coordonné par Catherine Capdeville-Zeng, et qui partait d’abord d’une espèce d’interrogation théorique sur l’analyse de la structuration des rituels, qui avait été proposée jusque-là par les ethnologues : savoir si cette analyse restait pertinente, en trois phases pour [mos], en quatre phases pour [tion lien], etcetera. Il s’agissait donc de repenser un peu à travers un certain nombre d’exemples rituels, à la fois le passage rituel, l’organisation de l’espace liturgique et rituel, etcetera. Là aussi, on avait des exemples tout à fait intéressants. L’étude d’un rituel [cham] tibétain, qui a permis de voir la constitution, à travers des danses successives, de l’espace du rituel, la constitution d’une scène purifiée, en sorte qu’elle puisse […] prête pour accueillir – qu’elle soit propre littéralement –, pour accueillir la divinité. Et donc, une reprise un peu de toutes ces successions de danses qui constituent la scène rituelle.
Par ailleurs, il y a eut une analyse détaillée de l’usage de divers instruments de musique dans un rituel taoïste à Taiwan, où l’intervenant voulait vraiment comprendre les principes fondamentaux régissant l’organisation spacio-temporelle de cette cérémonie, et comment le […], le père taoïste, contrôlait en fait, régissait lui-même, par son corps, par son positionnement, à la fois l’espace et le temps du rituel.
Il y a eut également l’étude d’un grand sanctuaire d’un martyre indo-musulman […] et l’étude du théâtre Nuo, dans le [Jiangxi], en Chine, où apparaissaient dans les deux cas, le fait qu’un rituel se définisse également par […] protagoniste, que les gens ne vivaient pas le rituel de la même façon, et que selon sa position par rapport au rituel, en fait, on ne vivait pas le même rituel. Pour certains, par exemple, dans l’Uttar Pradesh, pour certains acteurs, le rituel se réduit à trois jours plutôt qu’à sept jours, etcetera. Dans le cadre du théâtre Nuo, qui est un théâtre masqué, les relations sociales définissent en fait qui peut porter le masque et qui ne le porte pas, en l’occurrence ce sont les afins qui peuvent porter les masques, et donc on voit aussi que le système des relations sociales pèse sur la structure du rituel.
Un autre atelier a prolongé celui-ci, portant sur l’étude des rituels, mais en s’intéressant beaucoup plus aux catégories de personnes mobilisées par les rituels, c’est un peu ce que je viens de dire, mais aussi à la manière dont les rituels pouvaient sceller des identités collectives. Là on avait une sorte de résonance […] de l’Asie, entre l’étude d’un grand rituel étatique mongol, organisé autour du culte national à [Gengis Khan], et en Nouvelle-Guinée Papouasie, des grands rituels publics chez les [gabigui] qui sont exécutés une seule fois par génération afin de re-générer les énergies vitales et d’une certaine façon d’affirmer le [nom] collectif. Il y a eut également des interventions tout à fait intéressantes, qui reprenaient aussi l’importance des rituels sur le plan de la personne. Ils ont montré comment un rituel de réparation aux Philippines, réparation pour une offense faite à un aîné, et un rituel de l’initiation martiale à Java, dans lequel il s’agissait de réaffirmer les fondements du lien social, permettaient de repositionner les protagonismes, les mettre, je dirais, à leur juste place.
Le dernier atelier portait sur le jeu. Là, on retrouve un peu la question du lien social mais sous son jour pathologique, puisque le « jeu » est considéré comme la pathologie sociale par excellence. Il y avait deux interventions : l’une entendait donner un éclairage historique à la question, en étudiant la popularité extrême d’un jeu, un jeu un peu simpliste, un jeu de pari à trois chiffres, le « fantan », qui avait une popularité immense, au début du XXe siècle à Canton, sous le canton de la république, c’était donc une étude historique. L’autre étude était, je dirais, un peu de futurologie ; elle essayait de faire une projection sur le devenir des communautés chinoises si jamais le loto […], se développait. Il s’agissait donc d’essayer de voir, de réfléchir en termes de santé publique, au développement de nouveaux jeux dans la sphère culturelle chinoise. […] je pense que c’est important pour le Réseau Asie, qu’il y ait à la fois des équipes déjà constituées venant présenter leurs résultats, et donc avec une très grande cohérence, et par ailleurs, des intervenants qui se réunissent pour la première fois à l’occasion de ce Congrès. Je pense que c’est aussi une chance que ce Congrès […] .
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| Synthèse de la Thématique 7 : Arts et littératures |
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Marc HUMBERT, président des synthèses de thématiques
Vous avez donné beaucoup d’informations en très peu de temps sur un ensemble d’ateliers extrêmement riches. Effectivement, le jeu au Japon – je ne peux pas m’empêcher de le dire – c’est très important, puisque le chiffre d’affaires du [Pachinko] au Japon est supérieur aux ventes d’automobiles, ce qui montre qu’on peut être très efficace et très joueur à la fois. Bien, il y a quand même eu beaucoup de choses, on ne peut pas tout retenir, mais voilà ce que j’ai retenu en particulier. Bien sûr les rituels sont inscrits dans les problèmes de liens sociaux, c’est évident, mais vous nous avez dit qu’on a resitué dans le social ce qui semble lui échapper, comme l’esthétique. Je crois qu’effectivement c’est aussi une chose extrêmement fondamentale, et c’est un peu dans la lignée de ce qui va être dit, mais de ce qui a été dit aussi au début : c’est-à-dire que le représentant du président de la République, et celui de la commission européenne Peter Dröll, nous on expliqué combien c’était difficile, et qu’il fallait prendre en compte ces aspects artistiques et littéraires, pour se comprendre dans un ascenseur entre un finlandais et un espagnol, mais aussi pourquoi pas, pour que le conseiller scientifique français en Chine puisse comprendre quelque chose au monde qu’il l’entoure. Il fallait qu’il lise, et qu’il s’occupe des arts et des littératures. L’ensemble des ateliers dont Véronique Alexandre-Journeau va nous rendre compte, sont donc aussi extrêmement importants pour nous aider à comprendre le monde et démontrer qu’on est capable de comprendre le monde.
Véronique ALEXANDRE - JOURNEAU, coordonnateur
Merci Marc, pour cette introduction.
J’ai la chance d’avoir eu à m’occuper d’une thématique homogène par nature, beaucoup plus qu’il y a une certaine continuité avec le Congrès précédent, en même temps qu’un élargissement. On peut noter à la satisfaction probable du Réseau Asie, que trois ateliers sur cinq comprenaient trois cinquièmes de jeunes chercheurs, et qu’ils ont été très appréciés.
Autre point, c’est que nous avons eu un public qui a été fidèle pour l’ensemble quasiment de la thématique, donc je remercie les têtes qui ont été repérées à cette occasion.
Je vais donc faire un petit chapeau global parce qu’en réalité, on a eu des lignes de force qui ont été partagées d’un atelier à l’autre, chacun s’y reconnaîtra tout en découvrant qu’un autre en a parlé et j’ai retenu ici trois aspects. D’abord, il y a un principe, basé sur le [Chi], qui en japonais ou en coréen, avec le [chinu cheng dong], « animé par le souffle », « faire naître le mouvement du souffle », premier [pierre principe de Siereu] – théoricien chinois de la peinture, au cinquième siècle de notre ère, qui était cité à plusieurs reprises – pour approcher l’effet de vie d’abord, puis comme signe du surgissement de l’éveil de l’artiste dans son œuvre. Il est aussi perceptible dans l’interprétation des saints personnages musiciens de la trinité [catenatique] pour qui l’œuvre doit être une voie entre l’homme et la divinité.
Le deuxième aspect, c’est une problématique, celle de la destination de l’œuvre, humaine ou divine, et donc de son style et du rapport entre soi-même et l’autre. Il a notamment été mentionné que l’auditeur devrait idéalement sentir ce que les créateurs portent dans son œuvre, voir ce que l’interprète, artiste, traducteur ou commentateur de l’œuvre transmet au-delà de la restitution du texte lui-même, comme représentation du monde.
Le troisième aspect, c’est une méthode, l’analyse structurale, avec ses composantes syntaxiques et lexicales, des éléments de la composition artistique, poétique ou philosophique, qui auraient pu paraître parfois fastidieuses, sans les illustrations sensibles, sonores, visuelles, métaphoriques, même numériques, dans un alliage de raison et d’émotion, qui a permis de mettre en relief deux centres d’intérêt primordiaux en Asie, par rapport à l’Occident, l’extrême attention à l’instant, et l’interaction entre le destin individuel et le cosmos infini.
Enfin, on pouvait trouver un écho dans l’exposition de peinture sur laque du Vietnam, aux évocations des musiques de l’Inde et de Java, par l’évocation de l’alternance entre méditation et simplicité tournée vers le ciel, et exubérance et couleur chatoyante au plus près de la vie du peuple. Voilà, dans la thématique il y a eu 5 ateliers au lieu de 6, plus une exposition, que j’espère que vous avez pu voir, qui était dans notre salle, pour laquelle on remercie les organisateurs parce qu’elle était très belle et très bien équipée.
Je vais faire dans l’ordre du passage des ateliers, la première journée. Il y a eu l’atelier « correspondance entre les arts et avec les lettres », avec cinq intervenants et une présidente de séance Cécile Sakaï, un discours par Marc Matthieu Munch. Un sujet très précis avait été proposé aux intervenants : l’effet de vie, qui avait été trouvé par Marc Matthieu Munch, comme un invariant universel pour qu’une œuvre littéraire ou artistique soit réussie, ce qui laisse proposer en […] préliminaire, je cite : « une œuvre réussie est capable de créer dans la psyché du lecteur, de l’auditeur, un effet de vie ».
Chaque exposé d’une interprétation de cet invariant, dans une discipline éventuellement différente, portait pour deux d’entre eux sur la littérature japonaise et asiatique, et pour les trois suivants sur l’art, avec la peinture chinoise, la musique vietnamienne et les arts du lettré chinois, musique, calligraphie et peinture. Derrière le thème commun, l’unité entre les exposés se trouve sans doute dans cette observation que l’esprit construit un monde, associe des choses, des sens et des mots, des couleurs, des sons, et que les matériaux ne sont pas les mêmes, et que tous les arts et la littérature travaillent de la même manière. Parmi les questions ouvertes par cette mise en regard, qu’est-ce qui est premier ? La lecture du monde d’où découle une pratique artistique, ou bien la pratique artistique d’où découle une lecture du monde ? Où est le lieu à partir duquel l’être humain invente une lecture de l’univers, dans la fiction ou dans la vie réelle ? Le macrocosme des chinois est-il dans l’univers ou dans leurs pensées ?
Cécile Sakaï, dans sa conclusion, ouvre les perspectives à partir de ces lignes croisées autour du mot « effet » de cet invariant « effet de vie », et élabore son œuvre vers : comment l’art est-il produit et pourquoi l’œuvre d’art ?
L’atelier poésie, qui réunissait sept intervenants, sous la direction de Julie Brock, est né au sein du Réseau Asie en 2005 et se réunissait pour la quatrième fois, deux fois sous la forme de Congrès, et deux fois sous la forme de journée d’études. Cette session était l’occasion de réfléchir sur l’origine et la formation des rythmes et jeux phoniques, principalement les rimes, dans les poésies des pays d’Asie. Une des questions qui se posait, notamment pour donner suite à la conférence du professeur Lê Thanh Khoi, que vous pourrez trouver dans la publication de cette journée d’études qui vient de sortir, était celle de l’influence de la poésie chinoise sur les pays voisins. Les éléments étudiés dans cette session témoignent de différences significatives, dues à la fois aux structures de langue pour les effets sonores, et aux quatre rythmiques, structure paire pour le Vietnam en 6/8, ou impaire pour le Japon en 5/7, ce qui fait 12 mais avec un total 5/7, 5/7, 7, qui fait 41. Alors que stabilisée en Chine en 5 ou 7 après la période de [Te tra met] et sous forme de [tistique] et de 4/1 donne un total pair. Le 41 des japonais n’est pas loin du maximum autorisé dans la poésie coréenne, pour qui le détail du pair importe moins que l’ensemble du poème, qui semble couler de source, de la source à la [grève on n’arrête pas le fleuve]. Par contre, les carrures en 4 et les combinaisons de carrures incluant le 5 et le 4, semblent prédominantes dans la plupart de ces pays.
L’atelier « tradition musicale » avait trois intervenants, français de […] sur trois pays : Inde, Chine et Java. Je vous lit leur compte-rendu.
La thématique était clairement exposée dans la proposition de l’atelier à partir des propos mêmes d’un spécialiste indien de renom, [Ramanu Jan], écrivain et homme de théâtre. Il ne s’agissait pas dans l’espace réduit de cet atelier, de définir ou de circonscrire le style mais de s’interroger et d’illustrer de manière concrète la question du style individuel au sein des pays envisagés. Les communications effectuées, malgré l’absence regrettée d’Yves […] Vietnam, ont tenté d’aborder de façon complémentaire et équilibrée la problématique. Sans en avoir fait le tour, elles ont au moins eu le mérite de partager un mode de pensée commun, harmoniser le fait musical et conceptuel tout en variant les angles d’approche. Interrogations sur le geste créatif chez François Picard, le style comme propriété d’un langage chez Fabrice Contri, une réflexion sur les identités individuelles par rapport à la collectivité chez Bruno Messina. Fabrice Contri qui coordonnait cet atelier exprime leur attente de pouvoir aller plus loin à partir des remarques qu’ils ont.
Enfin, les deux ateliers philosophiques, coordonnés par Jacynthe Tremblay, en tout neuf intervenants et un discutant, étaient en provenance de nombreux pays : Chine, Hong Kong, Pékin, [Tchen Tchen], - en fait là c’est une canadienne qui enseigne là-bas, spécialiste du Japon -, Corée, Allemagne et Italie, et des doctorants et des jeunes chercheurs.
Les deux ateliers de philosophie n’ont pas consisté en une équipe objectivement des philosophies asiatiques mais en un travail de collaboration avec des philosophes asiatiques. La tentative rendue de développer un panasiatisme en philosophie est en fait celle d’établir une collaboration plus étroite avec des philosophes de la Chine, du Japon et de la Corée. Pour le premier atelier, qui était sur le développement d’un panasiatisme, en abordant des traditions séculaires, ou encore des auteurs qui ont eux-mêmes réalisé dans leurs propres personnes la synthèse entre leur […] spirituelle et culturelle d’une part, et certaines parties de la philosophie occidentale d’autre part, on était conscient qu’on ajoutait une couche interprétative à celle déjà existante. Dans cette perspective, tenter de développer un panasiatisme en philosophie est avant tout une interrogation sur les procédés herméneutiques en […]. Parmi ceux-ci, on en aura le respect inconditionnel de l’autre, qu’il s’agisse de sa philosophie, de sa culture, de sa langue, la nécessité d’approfondir les appareils conceptuels autres qu’indo-européens, dans lesquels prennent forme les philosophies asiatiques. Le travail sur sa propre langue, quitte à la remettre en question et à la réorganiser de manière à pouvoir exprimer des visions du monde qui nous sont étrangères. Les nouveaux thèmes de recherche sont des recherches en linguistique, la formation du langage philosophique au Japon, en Chine et en Corée, l’examen comparé du vocabulaire philosophique dans ces 3 pays : champ sémantique, glissement de sens, graphique des caractères chinois, diverses traductions possibles d’un même caractère en français, à partir de pays différents, établissement de vocabulaire philosophique japonais-français, chinois-français, coréen-français. Le travail au niveau du […] étant simultanément un travail interprétatif, la recherche ne pourra que faire un grand bond en avant.
Le second atelier, « philosophie et esthétique », s’est caractérisé par la diversité tant au niveau des participants, qui provenaient de 4 pays différents, que des différentes disciplines artistiques abordées. Ces dernières ont permis d’approfondir des thèmes, pas simplement difficiles d’accès, lorsqu’ils sont analysés dans le seul cadre du discours philosophique, mais qui apparaissent sous un jour beaucoup plus abordable dans le cadre d’une comparaison entre esthétique et philosophie. Pour n’en mentionner que quelques uns, la spacio-temporalité, le néant absolu, la relationalité, le rapport sujet-objet, le rapport être humain au monde, le soi et la société. L’acquis majeur de cet atelier est d’avoir décloisonné le duo jusqu’ici plutôt fusionnel Japon-Occident, pour y faire entrer la Chine. Parmi les perspectives futures qui se présentent désormais, les deux suivantes sont à privilégier : continuer les recherches dans le domaine de l’esthétique mais en incluant la Corée. Le but serait de mettre à jour une théorie esthétique commune au Japon, à la Chine et à la Corée, toujours dans le respect des incontournables différences et nuances. Instituer une étude dans le domaine de l’épistémologie, ou de manière plus étendue dans celui des structures de pensée qui prévalent dans l’élaboration des différents discours philosophiques en présence.
Je conclue en disant que comme cela était […] à l’atelier de poésie en 2005, les ateliers philosophie auraient bien continué longtemps à discuter et une journée d’étude se profile à l’horizon 2008. Car les intervenants potentiels et le public étaient nombreux, et l’élargissement du noyau initial manifeste. Merci.
Marc HUMBERT, président des synthèses de thématiques
Merci beaucoup, nous avons fait à peu près le tour, c’est l’occasion de ré-indiquer qu’il y a aussi la possibilité d’organiser des journées thématiques, des journées d’études, qui sont un complément ; j’imagine aussi qu’on pourrait ajouter l’Inde, parce que, dans la lignée de ce que tu exposais, je crois quand même – le bouddhisme est originaire de l’Inde – qu’il y a aussi une esthétique tout à fait comparative possible entre ce qui se passe en Inde et ce qui se passe en Corée et au Japon, et il seront invités à participer, cela nous est confirmé. Je dois clore la séance en vous demandant de remercier tous ceux qui ont bien voulu participer à ce rendu et à Bernard Thomann qui en fera la synthèse.
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