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Le Vessantara Jâtaka (Wetsandon Chadok) du Wat Ratchatiwas Ratchawora viharn (vu par un peintre italien) - Bangkok


Auteur : Anne-May Chew, chercheur associée au Laboratoire Péninsule Indochinoise (Ecole Pratique des Hautes Etudes)
Aire géographique culturelle : Thaïlande

Autel de style baroque et fresques d’un peintre italien
L’intérieur de l’ubosot, doté d’un autel surmonté d’un encadrement, est inspiré du style baroque. La partie supérieure est ornée de figures mythiques, telles qu’Erawan (l’éléphant à trois têtes qui est la monture du dieu Indra) et Garuda (monture de Vishnu), ainsi que d’éléments architecturaux.
Les fresques, commandées par le prince Naris, fils du roi Mongkut, relatant les scènes bouddhiques ont été exécutées par le peintre Italien, Carlo Rigoli (1883-1962), qui est devenu un des peintres de la cour royale du Rama VI (1910-1925). Rigoli a su associer des éléments issus de l’impressionnisme occidental à l'art traditionnel du Siam.


Ubosot du Wat Ratchatiwas Ratchawora viharn

Le Wat Ratchatiwas Ratchawora viharn, connu auparavant sous le nom de Wat Samorai, était le monastère royal où séjourna le roi Mongkut (Rama IV) (1851-1868) lorsqu’il était moine (1825-1851). La façade de l’ubosot, rénovée sous son règne, est inspirée du style khmer.

Le Vessantara Jâtaka : le don de l’éléphant blanc

Le dernier jâtaka (n°547), vise à édifier les fidèles sur le caractère charitable du Prince, souligné tout au long du récit par une série de dons importants. Le premier fut celui de l'éléphant blanc (la peinture montre le prince sur son éléphant entouré de serviteurs et de gardes). Un jour, une grande sécheresse se répandit au royaume de Kalinga, voisin de Sivi. Quatre brahmanes vinrent alors demander à Vessantara de leur donner son éléphant blanc, né le même jour que lui. L’animal avait en effet la réputation de pouvoir faire pleuvoir. Le prince accepta la requête des quatre brahmanes qui sont représentés agenouillés en geste d’adoration. Les costumes des serviteurs sont ceux du début du XXème siècle. L’arrière-plan figure deux pavillons de style thaï.

Sous le règne du Rama VI, les tenues vestimentaires ont évolué vers la mode occidentale. Les personnages portent une chemise aux manches longues et un pantalon trois-quarts. L’ensemble est couvert par une tunique ou une veste aux manches mi-longues, serrée autour de la taille. Il s’y ajoute une pièce de tissu nouée sur le devant. La partie inférieure est constituée d’un drapé non-cousu, sorte de jupette dont le pan des plis tombe devant et derrière.

Le don des quatre chevaux et du char

Lorsque les habitants de Sivi apprennent la nouvelle, ils sont furieux et réclament au roi le bannissement du prince et de sa famille. La famille princière doit donc quitter le royaume sur un char attelé de 4 chevaux. Sur la route ils rencontrent 4 brahmanes qui, arrivant trop tard pour bénéficier de la grande distribution faite aux sujets, réclament au prince ses chevaux. Le Prince Vessantara acquiesce et leur donne ses chevaux. La famille princière poursuit son chemin en tirant le char sans attelage. Un miracle se produit alors pour lui venir en aide : quatre divinités prennent l'apparence de quatre cerfs invisibles pour alléger le fardeau et conduire le chariot. Mais un cinquième brahmane se présente et réclame le char en cadeau. A ce moment les quatre cerfs disparaissent. Le brahmane s’agenouille devant le véhicule surmonté d’un baldaquin inspiré de l’influence occidentale. A l’arrière plan, les premiers brahmanes emmènent les chevaux tandis que le prince Vessantara abandonne son char au cinquième brahmane.

La famille princière marche à pied

Après avoir fait don des chevaux et du chariot, le prince et sa famille poursuivent leur route à pied. Chacun des époux porte un enfant. Ils arrivent ainsi au Mont Vipula où Vissukamma (le maître d'œuvre des dieux) avait construit deux ermitages pour recevoir le prince et son épouse. Pour illustrer cette scène Rigoli a su peindre un paysage pastoral en utilisant une gamme de couleurs pastels.

La demande du chemin de Jujaka (Chujok) à l’ermite Accata

Le dieu Sakka et les divinités du ciel observent la famille princière. Un jour la jeune épouse d’un brahmane demande à son mari, Jujaka, de lui procurer des esclaves. Jujaka n'a pas les moyens d'en acheter, mais il entend parler de la générosité du prince qui pourrait lui donner ses enfants. Sur le chemin, Jujaka rencontre un ermite, Accata, qui vit dans une grotte. Il lui demande de lui indiquer la route de l’ermitage du Prince Vessantara. La peinture illustre Jujaka assis en geste d’adoration conversant avec Accata, à l’entrée de sa grotte. La physionomie de l’ermite souligne des traits occidentaux tout en conservant la coiffure en chignon et l’habit d’un ermite.

Le don des enfants

Lorsque Jujaka demande à Vessantara de lui donner ses enfants pour en faire les esclaves de sa jeune épouse, le prince, habillé en ermite, comprend aussitôt que le don de sa propre chair serait un don supérieur à tout autre. Il accepte donc la demande du brahmane. Lorsqu’ils apprennent ce qui les attend, les enfants se cachent dans un étang couvert de feuilles de lotus. Mais, à l’appel de son père, Jali remonte à la surface et se jette à ses pieds tandis sa sœur émerge de l’eau. On note que ce paysage verdoyant ressemble à l’impressionnisme.

Maddi dans la forêt

Pendant la visite de Jujaka chez le Prince, son épouse Maddi (Matsi) était partie chercher de la nourriture dans la forêt. Le récit précise que, tandis que le prince donnait ses enfants, les dieux, sous l'apparence de bêtes fauves retardèrent Maddi sur son chemin de retour vers l'ermitage afin de lui éviter la douleur de la séparation de ses enfants. La scène montre Maddi, visage calme et mains jointes, qui regarde les animaux peu féroces (lion endormi, tigre paisible et léopard pacifique) qui barrent son chemin.

Le don de l’épouse Maddi

Une nouvelle épreuve surgit pour le prince. Cette fois-ci, il s'agit de son épouse, Maddi. Sakka, le zélateur du Bouddha, voulant à son tour tester la vertu de Vessantara, se déguise sous l'apparence d'un autre brahmane et demande au Prince de lui donner Maddi comme épouse. Mais au moment où le Prince fait ce nouveau don (il tient la main de Maddi et de l’autre verse de l’eau dans les mains du brahmane pour que la déesse de la terre témoigne de son acte) par le geste de la libation, le dieu Sakka, ému, révèle son identité et lui rend sa femme.

Les enfants avec Jujaka devant le roi

Les dieux du ciel, apercevant les mauvais traitements que Jujaka fait subir aux enfants, lui font perdre son chemin. Quand le groupe arrive au royaume de Sivi, au lieu du royaume de Kalinga, les habitants reconnaissent aussitôt les enfants du prince et les conduisent devant le roi Samjaya. Le brahmane, agenouillé, lui rend hommage tandis que Jali (le petit-fils du roi) s’approche de son grand-père en geste de vénération. A l’arrière plan, une vache et une chèvre animent une scène champêtre.

La procession de retour au royaume de Sivi

Une procession festive se déroule pour le retour de la famille royale dans le royaume. Elle est composée d’une escorte de gardes tenant des parasols sacrés et des étendards, et de soldats armés de sabres qui encadrent deux pachydermes harnachés de baldaquins dans lesquels sont installés les membres de la famille princière. Le premier est l’éléphant blanc, cause de la dispute initiale, qui est suivi par un groupe de dévots porteurs de présents. Il est dit que Vessantara fut alors couronné roi du Sivi. Après sa mort, il fut réincarné au ciel de Tusita et ne le quitta que pour s'incarner dans son ultime renaissance comme Prince Siddharta.





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