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Scènes profanes des peintures murales du Wat Pa Huak à Luang Prabang


Auteur : Anne-May Chew, chercheur associée au Laboratoire Péninsule Indochinoise (Ecole Pratique des Hautes Etudes)
Aire géographique culturelle : Laos
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Wat Pa Huak

Wat Pa Huak « le monastère de la forêt des bambous » se tient dans l’angle nord-ouest du versant nord de la colline du Mont Phousi à Luang Prabang. Ce petit sanctuaire de style « vientiane » a été édifié sous le règne du roi Chantharath (1850-1872).


Peinture murale, mur sud

Peinture murale, mur sud

La majeure partie des peintures murales de Wat Pa Huak illustrent ostensiblement la légende de Jambupati-Sutta. Mais en réalité une partie d’entre elles montrent des scènes profanes. Notamment la vie quotidienne et la situation politique de l’époque.

L’arrivée des Chinois à Luang Prabang

L’arrivée des Chinois à Luang Prabang

Au cours du 19ème siècle, Luang Prabang eut à souffrir des incursions de bandits chinois. Baptisés « Pavillons Noirs », il s’agissait des anciens rebelles Taiping expulsés de la Chine en 1864.
Une armée de pirates, accompagnés de leurs femmes, arrivent avec leur chef « Deovan-Tri » devant la porte de la ville. Le seigneur des bandits est reconnaissable par son costume et sa parure. Les dames chinoises, gracieuses et parées de bijoux, contrastent avec l’aspect guerrier des troupes. Les soldats, équipés d’armes légères (arcs, tridents et piques en fer), portent des toques noires, de formes arrondies ou carrées, et sont vêtus de vestes rouges ou grises ornées de motifs.

Soldats en armes

Soldats en armes

Les pirates, venus par bateau du sud de la Chine en 1887, sont équipés de petits canons de marine et d’armes diverses telles que les piques-tridents. Vêtus de vestes à manches larges, de pantalons et de bottes noires, ils sont représentés avec des traits sinisés, la peau foncée et portant des turbans rouges.

La vie quotidienne des chinois

La vie quotidienne des chinois

La partie supérieure montre un chinois en train de frapper une mule rétive. Au-dessous une frise montre un marchand sur son cheval. Il est suivi d’une théorie de mules bâtées, qui transportent ses marchandises dans des paniers. La caravane est encadrée par des muletiers (Lao Vong et Lao Xè) qui suivent à pied tandis que les chiens veillent à empêcher les mules de s’écarter. Ce type de caravane traditionnelle pour le transport des marchandises perdure encore dans certaines zones montagneuses isolées de l’Asie du Sud-Est La partie inférieure illustre les chinois dans leurs maisons ouvertes sur la rue principale de Luang Prabang.

L’inscription qui se trouve au-dessus du marchand « Nai Luk khao thong muong là dja pai muong Nan » précise que « Nai Luk doit partir d’ici pour aller à Muong Nan. » Le royaume de Nan, qui jouxtait à l’ouest le royaume du Laos, est resté indépendant jusqu’au début du 20ème siècle. Nan est désormais capitale de la province siamoise qui porte son nom.

Pavillon chinois dépeignant des scènes intérieures

Pavillon chinois dépeignant des scènes intérieures

La partie supérieure montre un chinois reposant sur un lit et jouant d’un instrument de musique ; un couple devant une fenêtre et autre couple en train de faire l’amour. La partie inférieure de la scène représente une personne âgée devant la porte, et deux maîtres chinois dînant autour d’une table assistés par deux serviteurs.
Les caractères chinois auspicieux peu lisibles qui encadrent la fenêtre appellent «l’Esprit … et la bénédiction du ciel …. » sur la maison. On trouve souvent ce signe de Bonheur ou Prospérité au-dessus des portes dans la tradition chinoise.

Scène dans une famille chinoise

Scène dans une famille chinoise

Au 19ème siècle la présence des chinois à Luang Prabang fut conséquente. Le maître de maison, à l'aspect ridicule, porte ses cheveux en chignon. Les dames élégantes sont parées de bijoux. A l’arrière plan, les serviteurs coiffés de longues nattes discutent. Une inscription peu lisible «Laos pi talé … Pavie ti thap » mentionne probablement Auguste Pavie, le premier vice-consul de France à Luang Prabang et qui est arrivé dans la ville en Février 1887. Il est parvenu à fixer les frontières du Laos avec la Chine à la fin du 19ème siècle. Cela nous indique sans doute la date de la peinture (postérieure à 1887).

Deux personnages étrangers

Deux personnages étrangers

Les étrangers sont identifiables par leurs caractères physiques : visage allongé, grands yeux, nez proéminent, moustache et longue barbe. Ils portent un costume avec une ceinture à la taille, une cravate nouée autour du cou et un chapeau haut. Il s’agit sans doute de Hollandais qui furent les premiers marchands-voyageurs occidentaux arrivés à Luang Prabang au 18ème siècle. Ces hollandais sont également représentés sur les vantaux des portes du Wat Siphoutthabat, situé au pied Est de la colline de Phousi.

Groupe de quatre personnages en file indienne.

Groupe de quatre personnages en file indienne.

Ces personnages, portant moustache et barbe courte, sont vêtus de cafetans, de longs châles et de turbans somptueux (tarbouches) et chaussés de babouches. Ils tiennent dans leurs mains une épée ou un sac à dos. Ils témoignent de la présence des moyens-orientaux à Luang Prabang. Ces derniers, marchands perses ou arabes, commerçaient de longue date avec les Chinois. A gauche, un pavillon chinois desservi par deux entrées.

Un trio d’indiens

Un trio d’indiens

Moustachus et barbus, ces personnages ont un visage foncé et un nez aquilin. Ils sont vêtus d’un dhotî à motifs carrés, coiffés d’un chignon entouré d’un simple turban rouge, et portent un sac sur leur dos. Ils sont enchaînés autour du cou et à la main gauche. On ne sait s’il s’agit de voleurs, de prisonniers de guerre ou d’esclaves.

Un orchestre classique

Un orchestre classique

Un groupe de musiciens jouent divers instruments au bord de l’eau. Au premier plan on reconnaît un xylophone constitué de lames en bambou (nang-nat ou lanat) ; un autre xylophone rond constitué de gongs en bronze (khong-vong) et une paire de timbales. A l’arrière plan : deux batteurs de tambours de tailles différentes et un hautboïste avec son instrument (pei ou salai).

Métier à tisser traditionnel

Métier à tisser traditionnel

Le tissage traditionnel existe encore dans la région de Luang Prabang. Il est curieux de voir un personnage divin, la tête entourée d’une auréole en forme de bourgeon de lotus, assis devant un métier à tisser, avec la main droite levée tenant une cannette de fil.





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