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Symbolismes des Jardins Japonais de Nara et Kyoto


Auteur : Anne-May Chew, chercheur associée au Laboratoire Péninsule Indochinoise (Ecole Pratique des Hautes Etudes)
Aire géographique culturelle : Japon
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1.  Jardin promenade de Yoshikien (Nara) 

Les jardins japonais, ornés d’étangs et de plantes aquatiques, de grands rochers et de vieux arbres, étaient autrefois associés  avec la vie quotidienne de la classe aristocratique.  Témoignant de la création d’un  paysage naturel et miniaturisé dans un espace limité, les jardins devaient suivre des règles strictes.  Avec l’arrivée du Bouddhisme pendant la période Nara (710-784),  les jardins deviennent  plus grands et variés.  On y trouve de nouvelles conceptions basées sur la tradition hindou-bouddhique, telles que les représentations d’îlots, montagnes mythiques et mers.  Les plus anciens textes évoquant des jardins datent de la période Heian (794-1185). Le manuscrit intitulé Sakuteiki recèle un manuel sur les secrets des jardins détaillant la pose et répartition des rochers. Plusieurs types sont répertoriés : jardin naturel, jardin paysage emprunté « shakkei », jardin de thé « cha-niwa », jardin promenade « kaiyushiki », jardin sec  « karesansui »,  jardin de colline « tsuikiyama », jardin cour « tsubo-niwa » et jardin d’ombre.  Tout cela peut être concentré dans un seul complexe de lieu sacré (temple ou sanctuaire).


2. Pavillon de thé du jardin Isuien (Nara)

Le jardin était à la fois un lieu de culte et de loisirs. Des spectacles musicaux, compétitions de poésies et recréations diverses, se tenaient surtout dans les grands jardins. Le jardin promenade « kaiyushiki » d’Isuien remonte à l’époque de Meiji (1868-1912). On y trouve un charmant pavillon de thé dont la toiture est couverte de chaume. Plantes aquatiques, nénuphars et surtout lotus embellissent la surface des pièces d’eau. Ces derniers sont très recherchés dans l’iconographie bouddhique car ils symbolisent la pureté et le chemin de l’Eveil.

3. Etang du jardin de Sanctuaire Heian Jingu (Kyoto)

Le sanctuaire Heian Jingu, site shinto, fut élevé en 1896, au pied de la colline Est de Kyoto, à la mémoire du fondateur de la ville, l’Empereur Kammu (794). Le sanctuaire possède plusieurs bassins qui constituent un des éléments essentiels du jardin. Le nord de l’étang, couvert de plantes aquatiques et de nénuphars peut être traversé en empruntant une série de pierres de gué (dalles rondes taillés dans des rocs) sinueusement disposées afin de créer un espace temps. Au fond, on trouve un vieux pin dont la taille et le tuteurage ont commencé dès son plus jeune âge afin de lui donner un aspect d’ancienneté. Ce symbole de longévité est omniprésent dans tous les jardins japonais.

4. Etang du jardin Hakusason-so (Kyoto)

Hakusason-so est un jardin promenade conçu par un artiste japonais, Hashimoto Kamsetsu, au début du 20ème siècle Comme les pins, les érables sous diverses espèces d’érables aux formes et coloris variés y apparaissent indispensables au jardin japonais. Les feuillages de ces arbres à feuilles caduques changent avec les saisons. Vert au printemps, vert clair ou jaune en été, rouge flamboyant en automne, ils offrent une palette de couleurs tendres et éclatantes. Une série de dalles plates et arrondies disposées en courbe pour donner l’impression d’une vision lointaine traversent l’étang pour atteindre une pagode en pierre de treize étages qui orne le jardin.

5. Etang Hojo-Ike du temple Eikando (Kyoto)

Le temple Eikando, fondé en 863 a appartenu successivement aux sectes Shingon, puis à Seizan Zenrin-ji du Jodo (la terre pure) du Bouddhisme. Il a été plusieurs fois détruit et reconstruit au cours des siècles. La beauté et l’élégance des paysages qui l’encadrent diffusent parfaitement une atmosphère de paix et d’harmonie. Le jardin, orné d’érables, est surtout connu pour les couleurs flamboyantes qui jaillissent de ses feuilles en Automne. L’eau déversée par l’étang crée une petite cascade formant une chute miniaturisée qui constitue aussi un des éléments fondamentaux du jardin japonais.

6. Ponts du jardin Shosei-en (Kyoto)

Le Shosei-en est un grand jardin de l’époque Edo (1603-1868). Le site, don du troisième Shogun Tokugawa Iemitsu en 1641, fut une résidence du moine Higashi Hongan-ji. Le jardin autour de l’étang fut l’œuvre d’IshikawaJozan en 1653. On y trouve quatre pavillons de thé, des îlots artificiels et toute une série de points de passage : un pont couvert, un pont plat en bois « kibashi », un pont arqué en bois « soribashi », des ponts en simple dalle plate « sori hirabashi » ou une combinaison de deux ou trois pavages.

7. Pont couvert du jardin Heian Jingu (Kyoto)

Le jardin du sanctuaire Heian Jingu dispose d’un long et très joli pont couvert en bois. La toiture est surmontée d’un faux étage. Dans la conception des jardins japonais, les ponts symbolisent les passages entre le monde terrestre et le paradis insulaire car ils servent à relier le rivage aux îlots. Ces ponts deviennent aussi un des décors architecturaux du jardin.

8. Jardin sec du temple Eikando (Kyoto)

Le temple Eikando fournit un exemple de jardin sec « Karesansui ». C’est le jardin japonais le plus abstrait. Dénudé de végétation, composé de sables blancs, graviers, pierres ou rochers pour illustrer les montagnes, péninsules, îles, mers, rivières et ruisseaux (voire un bateau comme au temple Daisen-in), ce jardin fait le lien entre la nature et le monde des hommes. L’apparition des jardins secs remonte à l’époque Muromachi (1333-1568), période pendant laquelle la religion Zen fut introduite au Japon depuis la Chine. Le jardin sec est un lieu de culte et de méditation que l’on trouve essentiellement dans les temples et monastères zen. Dans le temple Eikando ce jardin stylisé illustre une île, miniaturisée sous forme d’un bloc de pierre naturelle, tandis que les graviers fins harmonieusement ratissés en cercles successifs suggèrent les vagues de la mer. Le ratissage régulier des graviers est indispensable afin de maintenir son aspect parfait.

9. Jardin sec du temple Ginkaku-ji (Kyoto)

Le Ginkaku-ji ou « pavillon d’argent », construit en 1482 par le shogun Ashikaga Yoshimasa de la période Muromachi (1333-1568), est un des plus célèbres temples du Japon. C’est un grand complexe religieux composé de deux temples, plusieurs pavillons et des jardins. A l’origine, ce fut une résidence du shogun mais, à sa mort en 1490, cette villa est devenue un lieu de culte bouddhique. Classé en 1994 par l’UNESCO au patrimoine mondial de l’humanité, il est surtout connu pour son jardin zen. On y trouve un jardin de colline « tsuikiyama » car le temple est situé sur la colline Est de la ville de Kyoto. A l’entrée du temple, un petit jardin zen orné d’un rocher entouré de graviers, symbolise une île dans la mer. Dans le jardin japonais, le choix du rocher est fondamental. En effet, le meilleur moment pour en saisir la couleur, c’est quand il est mouillé sous la pluie. Les veines de couleur qui apparaissent à ce moment représentent la terre et la végétation.

10. Jardin Seiryu-en du Château Nijo (Kyoto)

Le Château Nijo, construit au début du 17ème siècle, fut la demeure du Shogun Tokugawa. Classé au Patrimoine Mondial de l’Humanité, le château renferme deux palais et plusieurs jardins, parmi lesquels le plus récent, est celui du Seiryu-en construit en 1965 dans la partie nord du complexe. Caractéristique des jardins de l’époque Edo, on y trouve deux pavillons de thé et plus d’un millier de rochers. L’emplacement de chaque rocher est symbolique depuis l’époque Muromachi (1336-1573). Chacun doit être constitué de pierre volcanique ou de granit. Les blocs sont également utilisés pour maintenir les bords des étangs ou des pièces d’eau. Dressés verticalement, ils symbolisent les montagnes, les îles dans la mer ou une plage de galets (arrière plan). Au premier plan, à droite, une tortue taillée en pierre, symbolise, comme la grue, la longévité. Dans la majorité des étangs artificiels, le niveau de l’eau est bas afin de pouvoir distinguer les carpes « koi » qui y vivent. Ces dernières symbolisent le courage et la persévérance.

11. Jardin Eikando sous la pluie (Kyoto)

Dans le jardin japonais, le paysage miniaturisé et les rochers grands ou petits sont la composante majeure. Le choix de la couleur de roche est tout aussi important car il permet d’harmoniser le rocher avec le milieu naturel. Etant un lieu de culte, l’environnement doit avoir un décor minimaliste et une floraison éphémère pour ne pas distraire la méditation. Les seules fleurs autorisées sont celles des plantes printanières telles que iris, cerisiers, glycines, magnolias, orangers et citronniers.

12. Jardin d’ombre du temple Ryoan-ji (Kyoto)

Construit au 15ème siècle, le temple bouddhique de Ryoan-ji est classé comme Héritage Culturel Mondial mais l’actuel jardin date de la fin du 18ème siècle. Célèbre pour son jardin sec, on y trouve également, un jardin paysage emprunté « shakkei », avec son grand étang situé à l’ouest du complexe. L’ensemble est complété par un jardin d’ombre dans une cour. Le sol est tapissé de mousses dont il existe une soixantaine de variétés au Japon. Une grande partie des jardins japonais est assez ombragée par des plantations d’azalées, hortensias, rhododendrons, fougères, hostas et bambous.

13. Bassin, fontaine et lanterne du jardin Hakusason-so (Kyoto)

Un des objets les plus significatifs de ce lieu sacré est un bassin de pierre qui permet se purifier avant une cérémonie ou avant d’entrer dans le temple. Ici, l’eau est considérée comme un élément de purification associé avec le culte shintoïste. Le mot « niwa » désigne un endroit purifié pour accueillir le « kami », l’esprit de Shinto. Ce petit bassin est nommé « tsukubai » (bassin où l’on se penche) car les moines et les fidèles sont obligés de se baisser pour se laver les mains et la bouche. La vasque est alimentée par une fontaine en bambou « shishi-odoshi » (chasse cerf) à l’origine utilisée aux abords des forêts pour effrayer les cerfs. Une conduite d’eau se déverse dans un bambou placé en équilibre entre deux supports. Quand le bambou se remplit, le poids de l’eau le fait basculer et verser dans le bassin. Très connu depuis la période de Kamakura (1185-1333), ce bassin de pierre est présent dans tous les jardins japonais. De nos jours la fonction du bassin est plus ornementale qu’utilitaire. A proximité de ces bassins se trouve toujours une lanterne « ishi doro » pour éclairer les allées. Il existe plusieurs types de lanternes tant au niveau de la forme que de la taille. Aujourd’hui la majorité des lanternes, en bronze et surtout en pierre, qui ornent les jardins, n’ont plus qu’un rôle décoratif.





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