Lorsque Nakae Chômin (1847-1901) publie son ouvrage le plus connu, Dialogues politiques entre trois ivrognes (Sansuijin keirin mondô), en mai 1887, le Japon est à un tournant politique de son histoire. Le chef du gouvernement, Itô Hirobumi (1841-1909), aidé de ses collaborateurs, avait entrepris l’élaboration d’une constitution à huis clos en rejetant tous les projets que l’opposition avait élaborés dans le cadre du Mouvement pour les libertés et droits populaires (Jiyû minken undô). Inspirée du modèle prussien, la Constitution du Grand empire du Japon, rédigée sous le contrôle jaloux du gouvernement, devait être « octroyée » par l’Empereur à ses sujets le 11 février 1889.
Le texte de Nakae Chômin est un témoin exceptionnel des débats qui ont animé le mouvement pour la convocation d’une Assemblée nationale. Il nous éclaire non seulement sur ses enjeux en nous brossant un état des lieux de la réflexion politique de son époque, mais son texte est resté un œuvre maîtresse par rapport aux enjeux politiques de tout le vingtième siècle au Japon, et la défense d’un pacifisme radical d’un des personnages de l’œuvre est restée très célèbre.
Son idée centrale, la défense de la démocratie, non seulement comme institution, mais comme mode d’existence du peuple, n’en sort que renforcée : c’est juste après la parution de cet ouvrage qu’il adopta son nom de plume Chômin qui signifie littéralement un million de gens pour désigner le peuple.
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