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REVUE TIERS MONDE


Directeur de publication : Blandine Gravelin, Rédactrice en Chef
Aire géographique culturelle : Asie
Editeur : Armand Colin
Numéro : n° 186
Volume : Tome XLVII Janvier-Mars 2006

MARGES AU CŒUR DE LA VILLE

(Coordination : Marie Morelle)

MARGE: INTRODUCTION ET DISCUSSION

Philippe Hugon - Remarque sur la notion de « marge »

Marie Morelle, Laetitia Laumonier - Introduction au dossier

Frédéric Giraut, Michel Rochefort – La marginalité socio-spatiale, Une notion à déconstruire dans le contexte ds villes du sud.

Bruno Lautier – Notes d’un sociologue sur l’usage de la notion de « marge » dans les sciences sociales du développement.

Sophie BLANCHARD Migration et marginalité. Les migrants andins dans les quartiers marginaux de Santa Cruz de la Sierra (Bolivie)

Alice FRANCK Être maraîcher à Khartoum : entre intégration et marginalisation.

Alexandra BIEHLER Renouveau urbain et marginalisation. Le cas du centre Ville de Ougadougou, Burkina Faso.

Jérôme TADIÉ Les caïds et la ville à Jakarta.

Laurent FOURCHARD Les territoires de la criminalité à Lagos et Ibadaban depuis les années 1930.

Ch-Édouard de SUREMAIN Affinité horizontale et stratégies de survie parmi les « enfants de la rue ». la bande de solitarios à La Paz (Bolivie).

Varia

Hélène RIVIERE D’ARC Sao Paulo, des espaces les plus pauvres aux espaces les plus riches, acceptation du dualisme ou utopie de la « mixité ».

Pierre SALAMA Pourquoi une telle incapacité d’atteindre un croissance élevée et régulière en Amérique latine.

Alain CLEMENT Lutter contre l’oisiveté des pauvres et aiguiser leur convoitise: Les préconisations développementalistes des économistes Mercantilistes et classiques.

Marges au cœur de la ville : introduction et discussion
La notion de « marge » abordée par ce dossier pose des questions méthodologiques!: c’est l’objet de l’avant propos de Philippe Hugon. Suit le texte d’introduction rédigé par Marie Morelle et Laeticia Laumonier, qui exposent le cadre d’analyse ayant présidé au regroupement des études de cas et mettent en perspective l’apport d’autres sciences sociales dans la définition des liens entre marge sociale et marge spatiale. Mais ce positionnement mérite d’être discuté!: c’est ce que font Frédéric Giraut et Michel Rochefort, en replaçant au centre du débat la question des rapports de domination socio-économique et en soulignant l’imbrication complexe entre réalités territoriales et fonctionnements en réseaux. Puis Bruno Lautier rappelle l’antériorité d’autres disciplines dans l’usage du terme «!marge!» et souligne les ambiguïtés nées de cet héritage implicite,
quand les faits spatiaux en appellent aux concepts. Enfin, les six articles composant le dossier sont présentés.
Sophie Blanchard - Migration et marginalité. Les migrants andins dans les quartiers marginaux de Santa Cruz de la Sierra (Bolivie)

Ce travail se penche sur la marginalisation des migrants venant des Andes à Santa Cruz, ville des basses terres boliviennes. Ils sont associés, dans le discours des
urbanistes et des autorités politiques, aux quartiers marginaux pauvres de la périphérie de la ville. Pourtant, les paysages de ces quartiers sont plus marqués par
la pauvreté que par l’origine de leurs habitants. S’y développent à la fois une « citadinité du manque » et une fusion entre les migrants andins et les originaires
des basses terres. Ces quartiers, malgré une image de pauvreté et de violence, sont les lieux d’un métissage innovant.

Alice Franck - Maraîchers à Khartoum : entre intégration et marginalisation
L’étude des maraîchers de Khartoum apporte un éclairage à la réflexion sur les capacités intégratrices de l’agriculture urbaine. En effet, le contexte
d’urbanisation forcenée que connaît la capitale soudanaise, source d’une concurrence foncière sans précédent, révèle les limites des possibilités
d’intégration en ville pour les travailleurs agricoles du centre-ville. Le fait que cette activité soit strictement commerciale et majoritairement exercée par une population migrante renforcera l’intérêt de cette analyse.
Alexandra Biehler - !Renouveau urbain et marginalisation. Le cas d’habitants du centre-ville de Ouagadougou – Burkina Faso.

À Ouagadougou, le projet que l’État élabore pour le centre-ville représente le nouvel ordre urbain. Invités à quitter les vieux quartiers centraux pour une trame
d'accueil à la périphérie, les habitants font l'expérience de la marge spatiale qui confirme pour certains l'appartenance à la marge sociale. Mais ces mutations
urbaines conduisent les habitants délocalisés à porter un regard neuf sur la capitale et à adopter de nouveaux modes d’habiter la ville et leur quartier. L’envie de
s’engager pour que le quartier soit reconnu et valorisé au sein de l’espace urbain peut témoigner d’un processus de citadinisation en marche.

Jérôme Tadié - Les caïds et la ville à Jakarta
Simple malfaiteur ou parrain, le caïd – preman en Indonésie – est une figure en marge de la société et de la ville. Présent dans l'organisation urbaine, dans les lieux publics, il occupe une place interstitielle dans les jeux de pouvoir, entre acteurs formels et population. Il contribue ainsi à une régulation informelle des territoires souvent délictueuse, voire criminelle. Nous analyserons l'importance de ce personnage à Jakarta, et, à
travers lui, comment les parcours de la marginalité permettent une insertion dans la vie citadine et conduisent à la formation et à l'appropriation
de lieux centraux de la ville, les espaces publics.
Laurent Fourchard - Les territoires de la criminalité à Lagos et à Ibadan depuis les années 1930 Dans les deux plus grandes villes du Nigeria, Lagos et Ibadan, les préoccupations urbanistiques et policières émergent presque simultanément mais les liens éventuels entre quartiers pauvres et criminalité n’apparaissent pas, car la criminalité violente comme la jeunesse délictueuse s’affranchissent aisément des contraintes géographiques de la pauvreté. Cette étude voudrait montrer que les territoires de la criminalité, loin de se confondre avec une géographie de la pauvreté ou de l’insalubrité, recouvrent en réalité des échelles très variables selon les périodes et les incriminations.

Charles-Édouard de Suremain - Affinité horizontale et stratégies de survie parmi les « enfants de la rue ». La bande Solitarios à La Paz (Bolivie).
À partir de matériaux ethnographiques recueillis à La Paz (Bolivie), ce texte s’interroge sur les liens qui unissent les « enfants de la rue » et sur les fondements anthropologiques du terme de bande. L’organisation de l’une d’entre elles, ainsi que les stratégies mises en œuvre par les « frères » qui la composent pour survivre et se procurer de la drogue et/ou de l’alcool, sont analysées à la lumière de l’affinité horizontale, une forme originale
de parenté élective. La perception des projets destinés aux enfants par ceux-ci ouvre finalement quelques pistes de recherche sur la réinsertion psychologique et sociale comme étape préalable à toute action pertinente dans le domaine.

VARIA

Hélène Rivière D’Arc - São Paulo, des espaces les plus pauvres aux espaces les plus riches, acceptation du dualisme ou utopie de la « mixité » Les débats sur la ville de São Paulo font ressortir son hyper-modernité associée à un niveau de richesse et de revenus très élevés, à un extrême, et la présence d’une grande frange de population pauvre et souvent sous-employée, à l’autre extrême . Cette analyse socio-économique a conduit à
retenir comme particulièrement significatif, pour rendre compte de l’espace urbain, le concept de ségrégation. Cet article cherche à comprendre où se situe géographiquement et socialement cette fracture dans la ville au moment de la participation et des programmes sociaux, compte tenu qu’il existe une très nombreuse clase media qui participe largement de l’hyper-modernité, mais que certains observateurs considèrent comme appauvrie.

Pierre Salama - Pourquoi une telle incapacité d’atteindre une croissance élevée et régulière en Amérique latine!?
Depuis les années 90, les économies latino-américaines connaissent un taux moyen annuel de croissance modeste, une volatilité forte, moindre que dans les années 80! mais plus importante qu’en Asie. Un niveau d’inégalités extrêmenent marqué et croissant, les effets pervers de la finance, le retrait de l’Etat et l’absence d’une véritable politique industrielle sont questionnés ici. A partir des travaux de la Cepal des années 60, de l’apport d’économistes kaleckiens, de l’introduction de la financiarisation, cet article propose une explication nouvelle de la tendance à la stagnation que connaissent les économies latino-américaines depuis une quinzaine d’années.

Alain Clément - Lutter contre l’oisiveté des pauvres et aiguiser leur convoitise : les préconisations developpementalistes des économistes mercantilistes et classiques Les premiers économistes qui se sont intéressés aux facteurs du développement économique ont le plus souvent privilégié des facteurs sociaux, institutionnels, politiques, environnementaux et moraux plutôt que des facteurs purement économiques. Ainsi quand le facteur travail est pris en compte, il est davantage question d’analyser l’attitude à l’égard du travail et les conditions qui le favorisent que l’aspect quantitatif. De même, un environnement géographique difficile ou une forte pression démographique peuvent jouer un rôle essentiel dans le développement des nations. Sur l’ensemble de ces questions ces auteurs ont anticipé les débats contemporains traités par les pionniers de l’économie du développement.








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